CIFP

Centre interdisciplinaire de formation à la psychothérapie relationnelle

Ecole pour la psychothérapie relationnelle et multiréférencielle

Glossaire

santé mentale

1 — Concept

Santé mentale : concept venu se substituer à celui de psychopathologie clinique (université, psychologie), recouvrant le concept médicaliste de soin, correllé à celui de maladie et de disfonctionnement compartimenté en liste de troubles. Les troubles prétendant périmer une conception globale de la personne dont les dysfonctionnements psychiques, symptômes, font sens.

2 — Institution

Il s’agit également d’une institution, datant d’un siècle.

Philippe Grauer

Le nouveau sujet de la santé mentale

Il s’agit d’un sujet conçu comme un individu entrepreneur de lui-même, qui possède un capital bio-psycho-social qu’il doit rentabiliser comme une entreprise, au mieux de ses idéaux de performance. L’individu est conçu comme une micro-entreprise libérale, autogérée et ouverte à la concurrence et à la compétition, qui peut produire ce qu’elle veut pour sa propre satisfaction à condition de respecter un certain nombre de règles du marché qui sont sans cesse réajustées. Pour prendre un exemple, on voit bien comment l’identification sexuée, que d’aucuns appellent le genre, a une plus grande marge de tolérance sur le marché des valeurs sociales, dans la postmodernité, que ce ne fut le cas dans les années cinquante ou soixante. On voit bien comment certaines formes d’addiction peuvent être tolérées, par exemple, une addiction à la consommation, aux jeux vidéo, au travail, aux médias, alors que c’est de moins en moins le cas pour le tabac et l’alcool, ou pour des drogues douces ou dures. Ce nouveau sujet de la santé mentale, c’est vraiment le sujet produit par le néo-capitalisme ou le capitalisme financier. Le sujet de la folie : le moi divisé.

Roland Gori


Le terme de SANTÉ MENTALE

Le développement intense de l’arsenal législatif corrèle à l’apparition du terme. Le renouvellement de la psychopharmacologie avec les antipsychotiques atypiques et les antidépresseurs sérotoninergiques.

Évolution de la législation

En 1990, se produit une modification sémantique dont la portée ne sera pas négligeable pour les années à venir en psychiatrie, pour l’évolution à moyen terme de la discipline.

On note, en effet,

 d’une part des courants tendant à rapprocher la psychiatrie de la médecine et à élaborer des législations visant à l’intégration des services de psychiatrie au sein des hôpitaux généraux ;

 d’autre part, la première démarche visant à modifier l’appellation de psychiatrie et à lui substituer le terme de santé mentale. Il s’agit d’une reprise d’un terme ancien qui figurait déjà dans la circulaire de secteur du 15 mars 1960. A l’époque, ce terme était en lien avec la pathologie psychiatrique lourde. Elle visait à montrer et à démontrer que même les grandes pathologies ne devaient pas inspirer de résignation mais au contraire, avec une modification de la prise en charge, étaient susceptibles d’évolution vers un sens plus favorable, permettant de retrouver un certain équilibre dans le fonctionnement psychique. Ce terme était également associé aux structures dites " dispensaires de santé mentale " ; ce qui, dans l’esprit, permettait d’alléger l’impact du mot " psychiatrie ", qui faisait toujours peur et avait une nette connotation négative.

 En 1990, l’esprit s’est modifié. Le contenu du terme " santé mentale " vise cette fois à permettre une extension des interventions en psychiatrie vers les problèmes médico-sociaux, vers les problèmes d’adaptation, vers les problèmes de réaction dans les situations de stress, actions qui étaient déjà très développées dans le monde anglo-saxon.

La matérialisation de ces différentes initiatives se traduit dans les textes qui vont se succéder tout au long de la décennie 1990.

Dr Jean-Marie BORAUD in Histoire de la psychiatrie


L’accompagnement et le soin de la souffrance psychique s’organisent désormais dans un vaste marché où se juxtaposent psychiatrie de l’adulte, psychiatrie de l’enfant, champ médico-social (Foyers médicalisés, maintien à domicile, scolarisation des enfants handicapés…) et social (SAVS, GEM)… En psychiatrie adulte, les hospitalisations à temps plein se réduisent à des séjours de plus en plus courts. On se contente d’attendre souvent de ces hospitalisations brèves un amendement rapide des symptômes sans que l’on prenne le temps de construire une alliance thérapeutique permettant d’inscrire les soins dans la durée, ni de d’engager un redéploiement de moyens permettant un véritable accompagnement et des soins de qualité. Les acteurs du champ social, de leur côté, se trouvent pris de court par l’arrivée en nombre de personnes souffrant de graves troubles psychiques : leur formation ne les a pas préparés à cette nouvelle pratique de l’accueil et de l’accompagnement, qui, pour être opérante doit nécessairement intégrer la dimension clinique.

Enfin, les équipes travaillant auprès d’enfants en difficulté psychique se trouvent confrontées à la double injonction d’accueil de leur mode d’être spécifique et de normalisation intégrant notamment la scolarisation. Dans ce contexte, les différents praticiens, du « sanitaire », du « social » ou du « scolaire » s’observent mutuellement d’un oeil méfiant, les uns se sentant dépossédés de leur savoir clinique au profit d’autres qui, de leur côté, se sentent ignorés voire méprisés, par les premiers.

Pourtant, la clinique, qu’elle concerne la psychose, l’autisme infantile ou les troubles du développement, nous convoque au point de jonction de ces différents champs de savoir, au carrefour de l’aliénation sociale et de l’aliénation mentale qui déterminent tout être humain et servent d’appui à toute démarche clinique, qu’elle soit à dominante thérapeutique, éducative ou pédagogique.

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