Centre interdisciplinaire de formation à la psychothérapie relationnelle
Ecole pour la psychothérapie relationnelle et multiréférencielle
Que dire de cet appel, sinon qu’en effet ça proteste dans tous les coins et que les petits ruisseaux n’ont pas encore donné leur grande rivière. Nous répercutons cet appel pour contribuer à l’unification des forces de résistance — de récalcitrance dit l’une de nos anciennes étudiantes qui s’y connaissait — aux assauts du managerisme appliqué à des domaines des sciences sociales et humaines où il n’est pas à sa place, où la mesure sortie de son champ naturel d’action, l’évaluation de type sociologique répercutée sur les disciplines du psychisme avec lesquelles elle n’a rien à voir. Le triomphe du chiffre, du protocole et du comportemental, la novlangue marketing-communication déshumanisante, prétendent nous rendre dociles à l’évanouissement de la pensée critique.
Nous ne voulons pas d’un univers de cerveaux neurocops. Laissez-nous nos névroses et la psychodynamique, laissez-nous notre liberté et dignité, laissez-nous devenir sujets au risque de nous rompre le cou à pacifier nos conflits internes, laissez-nous notre dimension tragique et notre citoyenneté, laissez-nous notre grandeur.
Philippe Grauer
Merci d’avoir soutenu l’appel des appels sur notre Site Internet Nous sommes à ce jour plus de 70 000 à soutenir cette initiative.
« Nous, professionnels du soin, du travail social, de l’éducation, de la justice, de l’information et de la culture, attirons l’attention des Pouvoirs publics et de l’opinion sur les conséquences sociales désastreuses des réformes hâtivement mises en place ces derniers temps.
A l’Université, à l’École, dans les services de soins et de travail social, dans les milieux de la justice, de l’information et de la culture, la souffrance sociale ne cesse de s’accroître. Elle compromet nos métiers et nos missions.
Au nom d’une idéologie de "l’homme économique", le Pouvoir défait et recompose nos métiers et nos missions en exposant toujours plus les professionnels et les usagers aux lois "naturelles" du Marché. Cette idéologie s’est révélée catastrophique dans le milieu même des affaires dont elle est issue.
Nous, professionnels du soin, du travail social, de l’éducation, de la justice, de l’information et de la culture, refusons qu’une telle idéologie mette maintenant en "faillite" le soin, le travail social, l’éducation, la justice, l’information et la culture.
Nous appelons à une Coordination nationale de tous ceux qui refusent cette fatalité à se retrouver le 31 janvier 2009 à Paris. »
Le 22 décembre 2008,
Roland Gori et Stefan Chedri
Alors que nos métiers respectifs, qu’il s’agisse de la santé, du soin, du travail social, de l’éducation, de la recherche, de la justice, de l’information et de la culture, subissent une attaque sans précédent de la part du gouvernement - alors que des appels de réaction et de protestations sont lancés par dizaines dans le pays - le temps est venu, nous semble-t-il, de coordonner ces différents mouvements et d’en tirer tout le sens politique.
Si cette initiative rencontre votre adhésion, nous vous proposons :
de signer cet appel
de le faire signer en le relayant dans tous les cercles et réseaux auxquels vous avez accès. Mais aussi et afin "d’étendre le domaine de la lutte :
de participer à la réunion de coordination du 31 janvier, qui aura lieu, de 10 h à 18 h, au "104 rue d’Aubervilliers", à Paris, au cours de laquelle le pays réel se fera entendre à travers les témoignages des professionnels en lutte et devrait faire émerger des propositions d’actions transversales pour l’avenir.
S’inscrire à la journée du 31 janvier par courriel (Entrée libre)
Voir les autres signataires
L’appel des appels est peut-être l’occasion de créer une véritable idéologie (au sens : idées qui rassemblent) comblant ainsi la carence de la pensée depuis 1989. Il s’agit de mieux comprendre les enjeux de la situation dans laquelle nous nous trouvons. On nous parle de crise de la finance, puis de l’économie, puis de l’immobilier, puis… Mais de quelle crise s’agit-il ? Voilà un système financier et économique qu’on a voulu laisser libre, seule condition disait-on de son fonctionnement et de son efficacité. Voilà un système laissé à sa seule loi (loi naturelle) régulée par une « main invisible » qui prétendait faire le bonheur de tous. Voilà un système abandonné à lui-même par l’homme et ses représentants et dirigeants, déniant ainsi tout fonctionnement démocratique des états et comble de l’ironie, ce sont les mêmes qui tentent d’exporter la démocratie à la force du canon. Mais qu’est un système abandonné des hommes ? Un système naturel où la loi est dictée par les plus forts au nom de la survie des plus aptes. Comment avons-nous été séduits par un « modèle » qui est une négation de toute culture au sens où l’homme fait un acte culturel quand il modifie la nature. Imaginons un médecin qui démissionne devant la maladie au prétexte qu’elle est naturelle et qu’on ne doit pas intervenir. Ce serait jugé criminel. Qu’avons-nous fait d’autre ? Penser qu’un système pût être intelligent en lui-même ce n’est pas penser, ce n’est plus penser ! Pis, les mêmes qui se sont extasiés sont aujourd’hui au chevet du malade. Ceux qui ont laissé la « maladie » se développer s’arrogent l’expertise de la soigner. Et comment ? En inoculant un peu plus de bactéries ou de virus : en faisant un peu plus de la même chose. Les intellectuels, économistes, responsables politiques et autres sorciers se sont retirés du « marché » laissant celui-ci faire ce qu’il sait faire : enrichir et appauvrir. Ces élites ont fait silence pour la plupart d’entre eux, pliant le réel aux exigences du marché, les lois de celui-ci remplaçant celle des Hommes, sans interrogation, sans esprit critique, comme si l’autorité des marchés était devenue transcendante ; la carence de la volonté est souvent comblée par une autorité supérieure, qu’elle descende du Sinaï ou de Wall-Street. Nos pays et les citoyens n’ont plus voulu peser sur leur destin laissant à quelques illuminés de Chicago les clés du bonheur pour une « mondialisation heureuse ». Ce n’est pas la fin des idéologies mais la domination d’une seule arcboutée sur une croyance : la croissance illimitée des richesses. C’est une défaite de la pensée que de ne pas dire l’inanité d’une telle croyance. C’est une défaite de la pensée de ne pas combattre la propagation mondiale d’une telle ineptie. Comment a-t-on pu laisser croire une ineptie pareille ? Comment des esprits éclairés n’ont pas eu plus de voix pour crier à la bêtise ? Autant les assemblées américaines et anglaises sont restées silencieuses face au mensonge des armes de destruction massive irakiennes, autant nous sommes restés silencieux face aux mensonges de l’idéologie financière et économique dominante. La pensée s’est absentée, ne proposant plus aucune alternative au modèle dominant dont, il est vrai, les thuriféraires sont puissants (médias, politiques, experts de tous ordres, instituts de sondage…). Il s’agit de faire consentir les peuples au système, une « servitude volontaire » rendant la démocratie inopérante et le controverse hérétique. Nous sommes bel et bien dans une crise de la pensée au sens où les sociétés ne créent plus de pensées, où les élites se soumettent au système, où beaucoup d’intellectuels se réjouissent ou se navrent sans plus. Les temps de la féodalité structurée par la croyance sont de retour ; les miséreux sont confiés à la charité (ONG, Associations…), les pouvoirs se transmettent de caste en caste, les évêques (journalistes, économistes) s’assurent du respect de l’idéologie par tous, les structures papales (OMC, FMI) disent la loi. Quelle modernité ! C’est une crise de la pensée car celle-ci n’interroge plus le système, tout au plus voudrait-on le « moraliser » le laissant ainsi vivre après son échec avéré. Le monde communiste fut finalement moins dur à la chute. Il est vrai que la pensée n’est pas réputée pour créer des emplois et qu’apprendre à penser n’a donc aucun intérêt économique. Adieu philosophes, historiens, chercheurs… le système n’a pas besoin de pensées. C’est donc bien une crise quand la pensée disparaît, le monde marchand n’éprouve aucunement le besoin de pensées et de penser, il suit depuis des temps immémoriaux la bonne vieille loi de la survivance du plus apte évacuant, violemment s’il le faut, tout débat, toute contestation, toute controverse… tout acte culturel. Pourra t-on dépasser cette crise de la pensée ? Après le Moyen-Âge - qui n’a pas toujours été obscure – l’histoire nous dit qu’il y eut la Renaissance et c’est bien de cela dont nous avons besoin. Il faudra comme à cette époque changer notre représentation du monde, redonner à ceux qui ont déjà pensé la place que doivent avoir les anciens, remplacer la croyance par la raison, redonner à l’Homme le pouvoir de peser sur son destin, et surtout désarmer le monde marchand pour qu’il retrouve sa place ; celle des échanges ni plus ni moins. Ce faisant, il convient semble t-il de créer une idéologie de civilisation où la solidarité huamine intègre dans la communauté les plus faibles ; en cela il s’agit de redonner toute sa place à l’acte culturel.