Centre interdisciplinaire de formation à la psychothérapie relationnelle
Ecole pour la psychothérapie relationnelle et multiréférencielle
[19 juillet 2010]
programmée de fin juillet à fin août 2010 à 19h
Le texte qui suit a été établi par un collectif de psychanalystes
À Monsieur Bruno Patino Directeur de France Culture
et
À Monsieur Jean-Luc Hees Président de Radio France
France-Culture possède aujourd’hui un rayonnement important ; c’est en trouvant le ton juste lorsqu’il s’agit des affaires du monde qu’elle peut maintenir son statut de radio d’exception. Nous sommes donc stupéfaits que France-Culture fasse de nouveau une très large place aux conférences que donne M. Onfray à l’université populaire de Caen en les diffusant cet été.
Depuis des années en effet, universitaires et chercheurs, venus des horizons les plus divers, ont démontré que les publications de M. Onfray ne reposaient le plus souvent que sur l’approximation grossière, l’affabulation, l’erreur ou la rumeur, notamment lorsqu’il s’agit des trois grands monothéismes, de Marx, de Montaigne, de Charlotte Corday, de Marat, d’Eichmann et de Kant, de Freud enfin.
Les outrances et les aberrations que contiennent ses ouvrages, dont le dernier en particulier, Le crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne, ont suscité une protestation qui ne cesse de s’étendre ; car le débat qui s’est installé autour de celui-ci dépasse largement la question de Freud et de la psychanalyse : il s’agit une fois encore d’une imposture érigée en savoir. Cela fait maintenant sept ans que sont ainsi diffusées les conférences de Michel Onfray. On se demande au nom de quoi celui-ci bénéficie d’une telle pérennité. Onfray ne peut même pas être considéré comme une des voix de la philosophie.
Nous ne pouvons accepter que France Culture, radio publique, continue ainsi à légitimer une telle entreprise de dénigrement et de désinformation qui risque fort à l’heure qu’il est d’avoir des effets nocifs sur des personnes peu averties et qui, de par leur souffrance psychique sont en voie de s’adresser à des praticiens de la psychanalyse et de la psychothérapie qui s’en inspire. Nous sommes là face à une tentative de destruction envers une profession, et de tout un ensemble de professionnels (psychiatres psychologues et autres de formation psychanalytique).
Michel Onfray est le seul intellectuel français à bénéficier ainsi d’une situation qui fait de lui l’égal d’institutions aussi prestigieuses que le Collège de France, ou l’Ecole des Hautes Etudes. Or très nombreux sont les philosophes, historiens, chercheurs en sciences humaines dont les travaux font autorité en France et à l’étranger et qui pourraient trouver sur France-Culture une égale diffusion, dans le respect de la pluralité des voix.
Pour toutes ces raisons, nous demandons que dans les conditions réglementaires en vigueur, il soit mis fin à un contrat qui lie ainsi la radio publique à Michel Onfray. L’antenne sera ainsi de nouveau disponible à une diversité des véritables voix philosophiques.
Pour signer on clique ici et on signe en ligne. Attention, en phase 2 on vous demande de l’argent en anglais. Vous pouvez parfaitement l’ignorer, vous serez inscrit sans paiement aucun. C’est une habitude anglosaxonne de se nourrir des dons de signataires, si vous désirez sacrifier aux mœurs exotiques vous le pouvez, mais on peut choisir de s’inscrire à la latine, sans frais, avec seulement de la conviction.
Notre site s’est situé immédiatement aux côtés non seulement de la psychanalyse mais de la faculté de bien juger et de distinguer le vrai du faux, contre les affabulations pas trop "culturelles", en tout cas pas critiques du tout, au sens kantien du terme mais on sait par le goy du boccage que Kant et Eichmann c’est tout un, pas critiques pour un sou donc, du philosophe de l’université populiste.
Il s’ensuit que nous collaborons volontiers à l’important mouvement qui se dessine de rejet d’un manichéisme frustre et prétentieux qui manque de respect à l’idée que nous nous faisons de la France et de la culture, sans parler de la psychothérapie.
Philippe Grauer
Premiers signataires
Christine Accarion (Psychanalyste) Jean Andreau (Directeur d’Etudes émérite à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) Nuria d’Asprer (Professeur de traduction. Faculté de Traduction et d’Interprétation. Universitat Autònoma de Barcelona) Fabienne Ankaoua (Psychanalyste) Martine Bailly (Pédiatre) Marie de Beauchêne (Médecin) Alban Benoit (Psychologue clinicien) Wladimir Berelowitch (Directeur d’études à l’EHESS, professeur d’histoire à l’Université de Genève) Francis Bismuth (Psychologue clinicien, psychothérapeute et psychanalyste) Christophe Bisson (Auteur réalisateur).
Danièle Brun (Professeur de psychologie) Olivier Brunschwig (Psychiatre, psychanalyste) Marianne Carabin (Etudiante en psychologie) Patrick Chemla (Psychiatre et psychanalyste, Centre Antonin Artaud ,Reims) Marie Cousein (Psychanalyste) Laurence Croix, (Maître de Conférences à Paris Ouest en sciences humaines) Mélanie Cuvelier (Auteur en littérature jeunesse) Alejandro Dagfal (Professeur adjoint, Université de Buenos Aires, Argentine ; Professeur titulaire, Université de La Plata, Argentine) Chercheur (CONICET, Argentine) Pierre Delion (Psychiatre) Anne Delobelle (Professeur de philosophie)
Jean-Marie Demarque (Psychanalyste) Alain Deniau (Psychiatre, psychanalyste) Bernard Desroches (Doctorant en philosophie) Barbara Didier-Hazan (Psychanalyste) Marie-Laure Dimon (Psychanalyste) Olivier Douville (Maître de Conférences ; Directeur de publication de Psychologie Clinique) Marthe Dubreuil (Psychanalyste) Fabienne Espitalier Jacquinot (Analysante) Romuald Esman (Psychologue clinicien et professeur de chaire supérieure en mathématiques) Nabile Farès (Psychanalyste, écrivain) Frédéric Forest (Chercheur associé au CRPMS – Université Paris 7 Denis Diderot)
Xavier Gassmann (Psychanalyste Psychologue clinicien Hospitalier) Helèhe Godefroy (Psychanalyste) Marie-Noël Godet (CNRS-EHESS) Wilfried Gontran (Psychologue) Catherine Guilbot (Commissaire d’expostion) Anne-Marie Houdebine-Gravaud (Professeure émérite de linguistique et sémiologie) Florian Houssier (Psychanalyste) Jean-Pierre Journet (Psychanalyste) Alexandre Khetib (Psychologue) Michel Kreutzer (Professeur à l’Université Paris 10 - Nanterre)
Adeline Landolt (Psychanalyste) Charlotte Laplace (Psychologue Clinicienne, Bruxelles) Jacques Le Brun (Directeur d’études à l’Ecole pratique des Hautes Etudes, section des sciences religieuses, Sorbonne) Chrisine Leguisai (Psychanalyste) Patrick Linx (Psychanalyste) Paolo Lollo (Psychanalyste) Khadija Maach (Psychologue clinicienne) Nicole-Claude Marhieu (A, EHESS Paris) Jean-Pierre Martin (Psychiatre responsable médical des équipes Psy Précarités CH Esquirol) Céline Masson (Psychanalyste, Université Paris 7)
Nicole Milgram (Psychanalyste) Cedric Moine- Urbain (Artiste ) Simone Molina (Psychanalyste,Présidente du Point de Capiton –Vaucluse, Responsable pédagogique de l’ECRPF/ Inter-S-tisse, Chargée de cours à l’Université de Marseille.) Geneviève Morel (Psychanalyste) Jean-Jacques Moscovitz (Psychiatre, psychanalyste) Christian Muller (Psychiatre des hôpitaux, chef de pôle du secteur 59 G23, epsm de l’agglomeration lilloise) Marc Nacht (Psychanalyste, écrvain) Stéphane Nannini (Responsable de projet Design graphique) Françoise Nielsen (Psychanalyste) Nathalie Patti-Grimopont (Infirmière en psychiatrie)
Françoise Peille (Psychologue psychanalyste auteur de plusieurs ouvrages sur l’enfance) Mariane Perruche (Professeur agrégée de Lettres Modernes, chargée de cours à Paris 7) Claude-Noële Pickmann (Psychanalyste) Tama Pogna (Psychologue clinicien, Pointe Noire, Congo) Marie-Claire Potier (Psychanalyste) Sylvie Protassieff (Psychanalyste, Psychologue clinicienne) Marie-José Proust (Psychanalyste) Katell Quidelleur, (Psychologue, psychanalyste). Roland Reumond (Alcoologue, psychanalyste) Hans Richter (Ecrivain, La Haye Pays Bas) Michel Rotfus (Professeur de philosophie au Lycée Balzac, Paris)
Henri Roudier (Professeur agrégé de mathématiques au Lycée Chaptal, Paris), Jacques Roussille (Psychanalyste) Jean-Pierre Rumen (Psychiatre des Hôpitaux Honoraire) Carnita Sabater (psychologue clinicienne) Guy Samama (Agrégé de philosophie, directeur de la revue Approches, ancien membre du Collège international de philosophie) Catherine Sautter (ingénieur d’études à l’EHESS) Sabine Schaefer (Psychologue clinicienne) Silke Schauder, (Maître de conférences à l’IED-Université Paris 8, psychologue clinicienne, art-thérapeute) Gérard Schmitt (professeur agrégé de philosophie, chargé de cours Université Nancy 2) Sandra Stein (Etudiante) Senja Strin (Présidente du Réseau national des psychologues) Pierre-André Taguieff (Philosophe et historien des idées, Directeur de recherche au CNRS)
Khadija Taoujni. (Étudiante en psychologie) Christine Theodore (Psychologue, psychanalyste) Francis Theodore( Praticien Hospitalier, chef de pôle, président de la CME de Ville Evrard) Bruno Vincent (Etudiant en psychologie à Paris 7) Dimitry Weill (étudiant en recherche doctorale, Université Paris 7) Micheline Weinstein, Psychanalyste / Écrivain (Diplômée de l’Institut National d’Orientation Professionnelle, de l’Institut de Musicologie, artiste musicienne, Professeur de Conservatoires Nationaux de Région jusqu’en 1983) Nicole Yvert (Psychanalyste) Colette Zapponi (Psychanalyste, Luxembourg) Joseph Zudas (Psychanalyste) Jeanette Zwingenberger (Critique d’art contemporain et membre de l’AICA - International Association of Art Critics)
Chers amis psychanalystes,
Je découvre, non sans un certain ravissement, cette lettre en forme de pétition. Ma fréquentation de Freud n’est pas nouvelle, elle a dû commencer il y a plus de quarante ans. En bon rationaliste, je m’étais bien souvent frotté les yeux, particulièrement à la lecture de certaines pages des cinq psychanalyses, mais j’avais tout de même fini par trouver un excellent remède à toutes les formes de tristesse dans cette lecture, en alternance avec celle du Vocabulaire de Laplanche et Pontalis ou de n’importe quelle publication d’inspiration psychanalytique. C’était avant que des historiens sérieux ne commencent à se pencher sur le Père, sa vie et son oeuvre, dans une perspective un peu plus sourcilleuse que celle des biographes dévots. Mon ébahissement n’a fait que s’accroître au fil des ans puisque je trouvais régulièrement chez ces auteurs une confirmation de mon premier diagnostic - et bien au-delà de toutes mes espérances ! C’était en effet toujours beaucoup plus grave que je ne l’avais imaginé. Ainsi, je lisais encore ces derniers jours le « dossier » établi par Borch-Jacobsen et Shamdasani, lequel est véritablement consternant, vous en conviendrez. On y voit, dès la création de l’internationale psychanalytique, quelque chose qui préfigure déjà très exactement le culte de la personnalité et les procès staliniens ; bref, le totalitarisme dans toute son horreur. Cette fois, me disais-je, il ne sera pas nécessaire de pousser plus avant, aucune démonstration plus accablante ne pourra jamais être produite, mais j’oubliais ce que j’avais déjà si souvent pensé et même écrit : que les freudiens laissés à eux-mêmes et à leur tropisme ingénu, seraient leurs propres fossoyeurs. Il est certes bien gentiment féroce, le bonhomme Onfray, mais pour qui dispose d’un cerveau, la preuve n’est pas tant dans le bouquin lui-même que dans les réactions qu’il suscite. Pour le « philosophe du bocage », après bien d’autres depuis plus d’un siècle, la psychanalyse serait une secte. Une preuve plus convaincante encore que toutes les explications qu’il peut donner était alors instantanément fournie partout dans les media, et de la manière la plus éclatante, par les discours d’Elisabeth Roudinesco, lesquels parodiaient ceux, naguère, d’islamistes ulcérés par les caricatures du Prophète. Je serais psychanalyste, moi, par les temps qui courent, je me méfierais quand même un peu, je ne ferais pas n’importe quoi, mais comme si les élucubrations et les insanités de l’auguste papesse ne suffisaient pas, il faut encore que vous ajoutiez cette pétition qui constitue une manière de sommet dans ce qu’on peut concevoir de plus atroce. Quand on n’a plus d’arguments, il serait plus digne et plus décent de se taire, de s’épargner le ridicule de telles éructations : la tristesse de devoir capituler, qui se conçoit très bien, est déjà plus que suffisante pour une âme affligée. Freud, dont vous vous réclamez, était très en retard sur la pensée scientifique de son temps. Intellectuellement, il était à peu près le contemporain de Laplace. Autant dire dire que tout votre appareil conceptuel date d’à peu près deux siècles. Et maintenant, dans votre délire, voilà que vous vous croyez revenus dans la Florence enthousiaste et fanatique du bon Savonarole. J’ose espérer que ce n’est tout de même pas d’une telle régression que vous attendez quelque chose qui pourrait ressembler à une renaissance.
Avec mes bien sincères condoléances,
Jacques Nelson
Mais qu’est ce qui vous prend ? Enfin ! Des gens sensés, des chercheurs, des étudiants, des soignants vouloir faire interdire une émission ! demander à une radio de passer des penseurs pensant correctement ! Et puis, quoi, faire voter une loi ? brûler les livres de l’infâme ?
Tout cela me semble manquer singulièrement de mesure et desservir radicalement votre cause.
Je comprends votre indignation. Après tout, que quiconque veut proférer des contre-vérités péremptoirement le fasse donc, à sa guise, mieux vaut le silence que redresser certaines choses, tâche impossible de toute façon.
Et puis que la pensée même faussée, s’exprime librement en démocratie. Cela franchement se soutient.
Il se trouve que des psychanalystes et ci-devant psychothérapeutes, des psychopraticiens relationnels donc, ont pris l’initiative de pétitionner contre l’expression d’affabulations hargneuses contre Freud par un philosophe provocateur bien connu pour son manichéisme aussi frustre qu’autosatisfait.
Que faire lorsque quelqu’un attaque la vérité des faits frontalement, avec quérulence ? Et que cela n’est pas sans conséquences dans un combat idéologique et même politique ? Moment difficile de prise de responsabilité intellectuelle et professionnelle.
C’est la forme qu’a prise alors la protestation. Difficile débat je vous le concède. À notre décharge admettez que l’animal et la campagne qu’il conduit sont de quelque importance et de quelque nuisance. La pétition demandait l’instauration de contre-poids. Il en a été installé quelques uns. C’est déjà ça.
Après tout en démocratie, si les citoyens protestent contre une émission qui s’en prend à la vérité scientifique contradictoire bien entendu, établie (l’Histoire est une science, science humaine certes, mais science, et requiert un travail de bonne méthode intégrant la critique. Michel Onfray ne veut pas de la critique si elle le contrarie vraiment, mouvement de menton à l’appui), est-ce si mauvais que ça ?
Dans le domaine de l’éthique de la recherche, il faut savoir aussi ne rien laisser passer. Nous tâcherons d’en reparler en organisant un débat au Cifp.
Merci en tout cas de votre intervention. PHG
Cher Monsieur,
Avant de lire votre lettre-pétition au directeur de France Culture j’étais passé, dans ma petit promenade électronique, par une page de votre association où vous vous reproduisiez une lettre de Mikkel Borch-Jacobsen à Jacques Bénesteau. Tout donnait à penser, dans cette page, qu’on souscrivait entièrement au propos du contempteur de l’extrême droite ; du moins, je l’espère. Or, il se trouve que l’historien américain que vous vous complaisez à citer n’est pas seulement un ennemi déclaré des affidés du Club de l’Horloge, il est aussi un défenseur des thèses développées par Michel Onfray dans « Le crépuscule d’une idole ».
Vous me permettrez de faire référence ici à une autre page de l’Internet aisément accessible, laquelle reproduit un article du professeur Borch-Jacobsen publié dans Le Monde du 7 mai 2010. C’est ici :http://efleury.fr/OnfraymarteleFreu...
Non seulement l’historien condamne le procédé calomnieux qui consiste à marteler des allégations qu’on serait bien incapable de prouver (j’y pense lorsque vous écrivez, par exemple : « universitaires et chercheurs, venus des horizons les plus divers, ont démontré que les publications de M. Onfray ne reposaient le plus souvent que sur l’approximation grossière, l’affabulation, l’erreur ou la rumeur ») mais il souligne autant qu’il peut la justesse du propos critique incriminé par vous. Voici donc au moins un universitaire qui ne fait pas partie de ceux que vous évoquez et auquel pourtant vous paraissez faire confiance puisque vous jugez bon de le citer quand cela peut vous servir.
Y aurait-t-il deux auteurs qui s’appelleraient Borch-Jacobsen ? L’un, démolisseur acharné de la légende dorée du freudisme et l’autre qui serait un parfait crétin crétinisé par le philosophe du bocage ?
Je vous saurais gré de bien vouloir m’éclairer sur une difficulté insurmontable pour un rationaliste attaché au principe de non-contradiction et, avec moi, tous les promeneurs qui se seront égarés dans cette sombre région de l’Internet.
Merci
Jacques Nelson
ERRATUM
On ne m’a pas répondu mais on aurait pu le faire, et marquer un point. J’ai dû passer un peu vite en effet sur la page qui présentait la lettre de Borch-Jacobsen, sans lire le texte en petits caractères qui révèle, juste en dessous, l’intention générale du propos. Je me souviens pourtant avoir très bien lu, plus bas encore, l’allusion à un logo infâme, attaché à un site internet, logo que j’ai tenté de faire apparaître sur mon écran, mais sans succès.
La phrase que je n’avais pas lue est celle-ci : « On se demande comment aujourd’hui le même Borch Jacobsen peut s’allier avec Michel Onfray qui réhabilite le livre de Jacques Benesteau en souscrivant à la thèse selon laquelle il n’y avait pas d’antisémitisme à Vienne durant l’entre-deux-guerres puisque les Juifs occupaient des postes importants dans tous les secteurs de la société. »
Cette fois, je pense comprendre sans erreur le propos et pouvoir reformuler plus exactement ce que j’avais à dire même si, quant au fond, cela ne change pas grand chose.
Borch-Jacobsen accable donc Bénesteau parce que ce dernier serait un fasciste, mais Borch-Jacobsen soutient Onfray ; or, Onfray soutient Bénesteau. Par conséquent, Onfray est un fasciste et Borch-Jacobsen qui le soutient en est un également, ou bien c’est qu’il a perdu la raison et qu’il est carrément cinglé. C’est du moins ce que devrait entendre tout lecteur de bon sens.
Cet argument de la folie rappelle évidemment bien des procédés freudiens, très en vogue au moment de la création de l’internationale psychanalytique. Les dissidents, dans la correspondance du Père, apparaissent très vite comme des pervers ou des malades mentaux : homosexualité plus ou moins refoulée, paranoïa ; j’en passe... Quant à ceux qui ne veulent pas entendre parler de l’inconscient et des ses mystères, qui « résistent », ils sont, comme on sait, aussi gravement atteints que ces intellectuels qui, plus tard, dans la Russie communiste, osaient prétendre, contre toute évidence, qu’ils ne vivaient pas dans le meilleur des mondes. Ces lettres de Freud, qui sont désormais publiées, ne sont ni des affabulations ni des fabrications, tout un chacun peut aisément les consulter.
J’avais lu le bouquin de Bénesteau bien avant la querelle qu’il a suscitée. Sur les questions d’antisémitisme, je suis fort chatouilleux mais je n’avais rien remarqué. Après les accusations d’E. Roudinesco, je me suis précipité sur pages incriminées. Je me suis frotté les yeux, comme il arrive souvent quand on lit des psychanalystes ; je n’ai toujours rien trouvé. On a su par la suite que l’antisémitisme de Bénesteau était un « antisémitisme masqué » ; autrement dit : invisible, échappant à toute perception, Quelque chose d’aussi insaisissable, probablement, que l’inconscient freudien ou le diable avec qui les sorcières, comme on sait, avaient régulièrement commerce, ce qui justifiait bien évidemment qu’on les brûlât.
Admettons que Bénesteau soit à l’extrême droite, tout comme le préfacier de son bouquin. C’est aussi fâcheux pour la cause des contempteurs de la psychanalyse, j’en conviens, que, pour la cause freudienne, la présence de psychanalystes freudiens dans l’Institut Goering. C’est ce qui a fait qu’on a préféré, ici et là, éviter de citer Bénesteau. Le professeur Van Rillaer explique par exemple qu’il a supprimé par précaution quelques références aux bouquins de Bénesteau lorsqu’il a participé à la rédaction du « Livre noir », tout en reconnaissant par ailleurs que le travail de celui-ci, sur le plan de la méthode historique, était sans faille. Après tout, si je demande où se trouve la gare de l’Est à un type d’extrême droite et s’il m’envoie au nord du Boulevard de Strasbourg, il n’est pas évident qu’il faille plutôt que je prenne la direction du Châtelet. Von Braun, qui fut quand même un parfait nazi, savait apparemment ce qu’il faisait en matière de fusées quand il travaillait pour la NASA. C’est triste, mais c’est comme ça. L’inculpation de Bénesteau ne disculpe évidemment ni Freud ni les freudiens : il faut se garder de tout mélanger.
Votre procédé est très connu, c’est l’amalgame. A ressemble à B, C ressemble à B, et ainsi de suite ; DONC, c’est tout simple, Z=A. Imaginez un peu qu’on dise demain : les psychanalystes se réclament d’un certain Sigmund Freud, qui fut une sorte de savant fou dévoré par une ambition sans limite, se prenant tantôt pour un nouveau Copernic, tantôt pour un « conquistador », se souciant fort peu de la « racaille » (c’est là son vocabulaire) que sa clientèle constituait ; par ailleurs, assez fasciné par les tyrans totalitaires, tel le Duce, « héros de la culture », susceptibles d’incarner, comme lui, la figure du Père et, par là, de donner une cohésion aux sociétés ; pour finir, très obsédé par le sexe au point de voir dans le cigare des autres, sinon dans le sien, une sorte de phallus. Imaginez donc qu’on en tire la conséquence que tous les psychanalystes sont des cyniques, des fascistes, des obsédés sexuels. Ne trouveriez-vous pas que c’est aller un peu vite en besogne ? L’erreur est humaine et je suis bien persuadé que beaucoup de psychanalystes actuels ne tarderont pas à faire l’effort de dépasser leur « refoulement » ou leur « déni du réel », de s’informer sur la réalité des choses ; l’ayant fait, ils en tireront les conséquences qui s’imposent à tout honnête homme. Deux des trois grands totalitarismes sont morts. La disparition du second s’est faite sans trop de douleur avec l’effondrement du mur de Berlin ; depuis, les marxistes n’osent plus trop désirer le communisme du grand Karl. Gageons que pour le freudisme, ce sera encore plus facile, mais peut-être que c’est déjà fait, peut-être n’avons-nous plus affaire désormais qu’au fantôme d’une religion des plus pernicieuses. Courage !
Jacques Nelson