Centre interdisciplinaire de formation à la psychothérapie relationnelle
[mis en ligne le 12 mai 2012]
Où en sommes-nous au lendemain de l’élection de François Hollande ?
Exit Bernard Accoyer et sa loi restructurant la psychothérapie des psychologues et des psychiatres au bénéfice de la médecine. Avant de partir il a tenu parole envers les psychologues – à présent paramédicalisés. Introït le nouveau paradigme lexical psy, laissant intact le carré psy, opposant traitement protocolisé prescriptif objectivant, d’inspiration résolument médicale, et dynamique de subjectivation, assurée par la psychothérapie relationnelle – et partiellement la psychanalyse [1].
psychothérapeute —>maladie et trouble, traitement psychique sur le mode médical
psychopraticien relationnel [2]—> malaise et symptôme, souci de soi et sens de sa vie.
Cela dit, concrètement le nouveau décret réglementant la profession de psychothérapeute, publié au Journal officiel en France entré en vigueur le 8 mai, apporte aux dispositions régissant l’usage du titre de psychothérapeute trois modifications :
- il confie au directeur général de l’Agence régionale de santé et non plus au préfet, techniquement ignorant en la matière, la compétence d’inscrire les professionnels au Registre national des psychothérapeutes
- il modifie comme annoncé (la parole tenue d’Accoyer) depuis des mois les conditions dans lesquelles les psychologues peuvent prétendre à l’usage du titre de psychothérapeute
- il prolonge de deux ans la durée de la période au cours de laquelle certains professionnels sont tenus par décision de la Commission régionale de se soumettre à une obligation de formation complémentaire pour pouvoir prétendre à l’usage du titre de psychothérapeute.
le délai imparti pour le suivi des formations complémentaires est donc reporté au 1er janvier 2016 (dernier alinéa de l’article 17) et c’est désormais le Directeur général de l’ARS qui délivre la dérogation prévue par l’article 16 laquelle relevait initialement du pouvoir du Préfet : c’est donc à lui que doivent être à présent adressés les éventuelles recours gracieux.
les nouvelles dispositions particulières aux psychologues résultent des articles 21 et 22 et de l’annexe modifiée – ci-joints à part en format paysage plus facile à lire. Les psychologues cliniciens sont remis sur un apparent pour cette fois pied d’égalité avec les psychiatres – ouf ! ceux qui avaient présenté leur dossier ont cru avoir eu chaud – les autres sont dispensés de la formation théorique mais doivent effectuer un stage pratique de deux mois. En réalité les psychologues restent les grands perdants de l’opération, leur profession destinée à se voir supplantée par les nouveaux psychothérapeutes, quoiqu’on en dise directement désormais sous la coupe de la médecine.
La boucle bouclée, il y a largement place pour les deux systèmes. En avant vers les deux pôles professionnels, le médical à diplôme d’État et son alternatif relationnel garanti par la profession [3]
1. – Donc la loi Accoyer établissant la mainmise sur la psychothérapie universitaire par la médecine fonctionne.
1.1 – Les derniers psychothérapeutes "autres", ceux que le dispositif "anti charlatans" des ARS devaient tamiser avec soin, passent au crible. Ce ne sont pas eux qui se sont précipités sur un titre dont ils se sont trouvés dé-nommés, spoliés. Ce ne sont pas ceux qu’on désignait comme "les autres", les ninis, mais en masse, les psychologues, en particulier cliniciens (les psychologues tout courts, trop courts, se trouvent validés dans la foulée, allez on ne fait pas le détail pour les amis) qui se sont présentés à la sélection. Ainsi que les psychanalystes …par ailleurs psychologues cliniciens dans leur immense majorité, ou psychiatres ancienne école, refermons cette fausse fenêtre.
1.2 – Bravo et bonne chance à nos collègues opérant sous le nom dont la loi nous a dépouillés pour exercer sous son appellation devenue contrôlée par la médecine une profession tout autre, une profession épistémologiquement opposée à la nôtre, structurellement adaptée à la médicalisation de l’existence.
2. – juste avant de quitter le perchoir Bernard Accoyer fait aux psychologues le cadeau promis. Le nouveau décret paru le 8 mai modifie les conditions (comme nous l’avions annoncé ici-même) dans lesquelles les psychologues peuvent prétendre à l’usage du titre de psychothérapeute. La formation théorique et pratique complémentaire requise des psychologues ne l’est désormais plus pourvu que la preuve soit apportée qu’elle a déjà eu lieu au cours de leurs études en psychologie. À vrai dire cette disposition est juste, les psychiatres avaient quelque peu exagéré, histoire de faire sentir aux psychologues qui étaient les maîtres de la situation et du nouveau système de la santé mentale.
3. – Les "autres" (nos grands-parents) qui s’étaient vus exiger par leur ARS d’entamer une formation complémentaire selon la formalité impossible d’un délai d’exécution trop court se voient attribuer un nouveau délai de deux ans. Tout est en ordre.
4. – Nous voici dégagés de la dénomination qui servait en même temps de nom de métier et de titre aux ex psychothérapeutes relationnels. Nous avons tout intérêt à nous en différencier et distinguer car sous le vocable par lequel nous nous désignions il faudra désormais entendre une discipline et pratique différente, médicalisée, ne répondant pas à nos cinq critères. Cette psychothérapie des psychothérapeutes et des psychiatres (de surcroît éventuellement psychanalystes reconvertis dans la psychothérapie médicale), procède par diagnostics et délivre des traitements.
5. – Désormais nous exerçons la profession de psychopraticiens sous le titre de psychopraticiens relationnels, répondant à nos cinq critères devant des institutions responsables (GLPR). Notre discipline, la psychothérapie relationnelle, se propose d’accompagner les personnes désireuses de prendre psychiquement soin d’elles-mêmes et de déterminer le sens de leur vie. Profession du souci de soi, le soin non médical qu’elle propose opère par la dynamique de subjectivation.
[1] l’actuelle psychanalyse dans notre pays est éclatée. Vaste ambiguïté, quand on dit la psychanalyse on désigne quoi au juste ? l’ensemble des psychanalystes, par ailleurs nichés individuellement au sein de la psychologie et de la psychiatrie, bientôt revêtus du titre de psychothérapeute, un titre mange-tout ? une discipline évacuée brutalement par la psychiatrie et la psychologie qui se décolonisent d’elle ?
La seule discipline alternative claire et indépendante de la médecine dans la nouvelle configuration c’est la psychothérapie relationnelle. Des psychanalystes à titre individuel peuvent choisir de se placer sur ses positions, en qualité de représentants de la dynamique de subjectivation. Les sociétés de psychanalyse en tant que telles rejettent la psychothérapie relationnelle, quand elles ne sont pas occupées à se rejeter mutuellement. L’actuelle bataille de l’autisme, qui concerne essentiellement la vieille psychiatrie à sympathies psychanalytiques, n’arrange pas le tableau.
[2] & psychanalyste non psychothérapeute. Les psychanalystes-psychologues cliniciens se verront assimilés à terme au nouveau cadre de psychothérapeute quoi qu’ils en disent. Comme par le passé ils s’ingénieront à jouer sur tous les tableaux. L’actuelle perte d’audience de la psychanalyse leur laissera historiquement peu de latitude de manœuvre. Ils se retrouveront psychothérapeutes (et le revendiqueront, en tant que psychologues en particulier), au sens strict du terme, leur cauchemar d’hier aura pris corps.
[3] À la marge un terrain vague. Personne n’a jamais pu abolir les Marches ni les bornes. Tenons bien notre propre territoire. Au sein même du carré psy les mixtes continueront, sans pour autant devoir la brouiller, de complexifier la figure, dont la structure de base demeure intangible.