CIFPR

Centre interdisciplinaire de formation à la psychothérapie relationnelle

9 décembre

Mariages gris pensée brune psychothérapie responsable

Eric Fassin, Nicolas Ferran, Serge Slaman

[mis en ligne le 8 décembre 2009]


Entre temps, le mot mariage est devenu le mot-clé d’une tout autre problématique. À ce sujet on pourra consulter notre dossier sur le mariage pour tous.

Contre une tentative d’infamie

par Philippe Grauer

Étrange incursion du politique dans la vie amoureuse. Séduite et abandonnée par un immigré pervers narcissique, une honnête femme française pourra enfin avoir raison de tant d’indignité endurée. On imagine le réquisitoire du procureur, qui bien entendu la jouera masquée. Traquons les odieux étrangers qui abusent de nos femmes (et réciproquement bien entendu) ! Il ne manque plus que les affiches idoines pour prévenir nos tourtereaux, placardées dans les mairies. Notre fougueux ministre de la vertu conjugale patriotique pourrait patronner un film illustrant ce type de douloureuse affaire, dont les statistiques — pourtant elles qui font foi en tout actuellement, prouvent qu’il est rarissime. On se demande seulement s’il se trouverait un seul méchant réalisateur pour endosser le projet.

Gesticulation malsaine. Nous frôlons dans un tel climat politique la ligne de partage vie privée vie citoyenne, intimité espace public, qu’il importe de laisser, c’est le moment de le dire, grise. On s’avance d’un millimètre de trop, et hop ! on se retrouve du côté totalitaire de la ligne. Franchissement à prohiber. Notre responsabilité de psychothérapeutes relationnels qui s’occupent au quotidien de la vie des couples nous contraint à protester. Si ceux qui ont pour mission de veiller oubliaient de donner l’alerte, ils entreraient dans le cadre de la faute professionnelle grave.

L’éthique touche au politique, une profession qui se respecte doit en l’occurrence manifester sa vigilance. C’est pourquoi nous répercutons ici l’article du Monde. Les enjeux sont trop lourds pour laisser s’infiltrer sans réagir dans notre vie publique ces traînées brunes.

Philippe Grauer

Le Monde, 9 déc 2009


Entre temps, le mot mariage est devenu le mot-clé d’une tout autre problématique. à ce sujet on pourra consulter notre dossier sur le mariage pour tous.

"Mariages gris" et matins bruns

Encore un recul des libertés individuelles

Comment alimenter sans fin le " problème de l’immigration ". A force, la mise en scène des expulsions risque de rencontrer l’indifférence, même si la rétention d’enfants et le renvoi vers des pays en guerre permettent encore l’affichage spectaculaire d’une détermination. Quant au démantèlement de la " jungle " de Calais, le renouveler trop souvent trahirait l’inefficacité d’une telle mesure. Sans doute le " grand débat " sur l’identité nationale permet-il d’entretenir l’attention médiatique, mais on commence à remarquer le manque d’enthousiasme dans les préfectures. C’est le moment choisi par Eric Besson pour lancer une campagne contre les " mariages gris ".

À la différence des " mariages blancs ", où les conjoints s’entendent pour détourner la finalité du mariage, ce seraient des " mariages de complaisance conclus lorsqu’un des deux époux est sincère et est trompé par l’autre ", soit des " escroqueries sentimentales à but migratoire ". Or, relève le ministre, les " mariages gris " ne font l’objet d’aucune qualification juridique particulière. Sans doute - mais ils n’en sont pas moins déjà réprimés par la loi. Depuis la loi de 2003 sur l’immigration, renforcée par la loi de 2006 relative au contrôle de la validité des mariages, détourner la finalité du mariage est un délit, puni de cinq ans de prison et de 15 000 euros d’amende.

Pourquoi donc cette campagne ? Par compassion pour les " victimes ", dit-on ; surtout, il s’agirait d’une " filière d’immigration ". Or le ministre ne dispose d’aucun chiffre. Il s’alarme pourtant : " 80 % des cas d’annulation de mariage concernent des mariages mixtes. " Les " mariages gris " en font-ils partie ? Alors, il n’est pas besoin de changer la loi. Sinon, pourquoi citer ce pourcentage ?

Le ministre omet en outre de rappeler les chiffres absolus : en 2004, 745 annulations en France, dont 395 mariages de complaisance - pour 88 123 mariages binationaux célébrés la même année, soit un pourcentage infime. Enfin, les demandes d’annulation émanent d’ordinaire du procureur : si les mariages binationaux y sont surreprésentés, c’est qu’ils sont déjà surcontrôlés.

Pour faire du chiffre en multipliant les témoignages qui accréditent l’existence de ce " problème ", l’Association nationale des victimes de l’insécurité (ANVI), surtout connue jusqu’alors pour son apologie de la " répression " et sa dénonciation du " racisme anti-Blancs ", propose sur son site une lettre type adressée au ministre : " J’attire votre attention sur l’escroquerie sentimentale dont j’ai été victime pour avoir cru à la sincérité des sentiments amoureux simulés par le ressortissant étranger que j’ai épousé(e) en toute confiance, et qui en fait ne m’a épousé(e) qu’à des fins migratoires. " Différentes catégories de victimes sont prévues : " ayant une bonne situation sociale ", " fragilisé car en recherche d’affection ", etc. Il n’empêche, le scénario est toujours le même : " Après avoir obtenu son titre de séjour de dix ans, ou sa carte provisoire, mon conjoint s’est montré sous son véritable jour. "

Claude Greff, députée UMP chargée du dossier, s’indigne : " En cas de mariage annulé, l’escroc reste français ! " Or c’est faux : l’annulation pour fraude entraîne le retrait de la nationalité française. D’ailleurs, le mariage n’ouvre pas si facilement les portes du séjour et moins encore de la nationalité. Le droit automatique à la carte de dix ans n’existe plus pour les conjoints de Français, condamnés à la précarité juridique ; c’est seulement après trois ans que le conjoint étranger en situation irrégulière cesse d’être exposé à la reconduite à la frontière. Enfin, il faut, aujourd’hui, quatre ou cinq ans de mariage pour acquérir la nationalité française.

Pendant toutes ces années, les étrangers " gris " seraient-ils des " agents dormants " ? Font-ils des enfants pour endormir leur " victime " française et tromper la vigilance de l’administration ? Claude Greff le suggère et déplore que le fraudeur ne soit pas " déchu de son autorité parentale ". En cas de divorce binational, la loi donnera-t-elle demain au conjoint français le pouvoir de plaider " l’escroquerie sentimentale " pour garder seul les enfants ? Une telle " préférence nationale " ne manquerait pas d’être jugée discriminatoire par la Cour européenne des droits de l’homme...

Loin de se déclarer hostile aux unions binationales, le ministre se félicite du " métissage de notre nation " ; c’est justement pourquoi " la défense du mariage mixte, qui enrichit notre société, doit aller de pair avec la lutte contre le mariage de complaisance, qui en est l’une des plaies ". Le ministre se veut rassurant, préconisant " des mesures préventives autant qu’on le pourra, sinon répressives ". La bureaucratie des experts en amour sonde donc les reins et les coeurs pour discerner entre vrais et faux mariages - a posteriori, mais aussi a priori.

Or la loi organise déjà la vérification de la sincérité du mariage, et de la réalité de la communauté de vie, avant la célébration des unions, avant la transcription des mariages célébrés à l’étranger, avant la délivrance d’un visa pour la France, avant la première délivrance d’un titre de séjour, et par la suite tous les ans lors du renouvellement du titre de séjour temporaire, avant l’obtention d’une carte de dix ans, avant l’acquisition de la nationalité française... A tout moment, la découverte d’une fraude entraîne le retrait des droits acquis.

Selon Eric Besson, en matière de " mariages mixtes ", " notre nation est généreuse ". Autant reconnaître que l’immigration de droit n’est plus vraiment un droit : aussi la dit-on désormais " subie ", plutôt que " légale ". Pour décourager les mariages binationaux, sans nier le droit de se marier, garanti par la Constitution et par la Convention européenne des droits de l’homme, il suffit ensuite de présumer qu’ils sont faux. On voit ainsi se multiplier les contrôles, les tracasseries et les embûches sur la route des mariages binationaux. La campagne contre les " mariages gris " est donc une étape de plus dans le recul des libertés.

Si l’Etat empêche des femmes d’épouser les hommes qu’elles aiment, ce serait pour leur bien. Or à en croire Nicolas Sarkozy, justifiant en 2007 la création du ministère de l’immigration et de l’identité nationale, " en France, les femmes sont libres " et, en particulier, " libres de se marier ". A condition d’être françaises, et d’épouser un Français ? Qu’en est-il de cette liberté pour les femmes étrangères, mais aussi pour les femmes d’étrangers ? Aujourd’hui, la police de l’amour fait intrusion dans l’intimité des couples binationaux, jusque dans le lit conjugal ; il paraît que c’est pour prévenir toute " atteinte à l’institution républicaine du mariage ". Les " mariages gris " de M. Besson promettent donc des matins bruns ; mais c’est au nom de la République.

Eric Fassin, sociologue, Ecole normale supérieure, membre de Cette France-là ;

Nicolas Ferran, juriste, coordinateur des Amoureux au ban public ;

Serge Slama, juriste, université d’Evry-Val d’Essonne, membre du Gisti.

© Le Monde

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  • 15 avril 2010, par Ouachani Houcine

    Bonjour,

    Quoiqu’on en dise, et bien que je suis contre les propos ou les dispositions du Ministre Monsieur Besson, le mariage appelé "gris" existe bel et bien. il est une évidence que le mariage gris avant d’être :
     Une fraude aux règles d’entrée et de séjour sur le territoire français.
     Une tromperie à l’accès à la nationalité.
    Il est avant tout une trahison conjugale, dégénérant en cauchemar, créant des situations de souffrances et surtout des blessures profondes qui ne se cicatriseront jamais. J’en ai fait moi même la terrible expérience.
    Né en France, j’y ai vécu toute ma jeunesse, ainsi je bénéficie de la double nationalité franco-marocaine. En vacances à Ahfir (Maroc) chez mon cousin germain dans un petit village perdu au nord du Maroc, j’ai fait la connaissance de Mardia, une cousine lointaine. Une rencontre soudaine et violente qui me projeta sur une autre planète où émotions, sensations et désirs étaient à leur paroxysme. J’ai été séduit et terriblement troublé par son regard mélancolique. Envoûté, je la demandais quelques jours plus tard en mariage sans suivre les étapes normales du processus visant l’intimité préalable à toute relation définitive couronnée par le mariage. Mais mon rêve devait tourner quelques mois plus tard au cauchemar car Mardia n’accepta le mariage, n’y voyant qu’une transaction mercantile. Le coup de foudre est une erreur qui peut coûter très chère et j’appris à mes dépends que l’effet de surprise court-circuite la réflexion et sidère la pensée et que le véritable amour ne commence jamais par cet envoûtement immédiat. Mon « épouse » n’avait contracté mariage avec moi dans d’autres buts que la vie commune durable. Par ma naïveté, je subirai quelques mois plus tard personnellement et directement un préjudice physique, moral et matériel. En effet, mon épouse, un an après notre union, quelques mois après son installation définitive à Garges-Lès-Gonesse, un enfant plus tard et à peine quelques heures après avoir obtenu son titre de séjour valable 10 ans m’annonce d’un air triomphant :
    " Maintenant que j’ai obtenu ma carte de séjour, divorces moi pour que je puisse enfin me marier avec l’homme que j’aime depuis toujours qui se trouve au Maroc et qui n’a pas de papier !! Tout s’écroulait autour de moi … Après une multitude de rebondissements judiciaires et de conflits, mon ex épouse jusqu’à présent, continuait de vivre toujours à Garges-Lès-Gonesse avec son mari venu du bled. En sus, et, cerise sur le gâteau, ont obtenu tous les deux la nationalité française. Un hold-up sentimental parfait consommé sur ma personne ! D’autre part, contre toute attente, la majorité des membres de sa famille restée au Maroc, à donné son aval à cette arnaque.
    Une véritable association de malfaiteurs.
    Motivé par l’obtention de la garde de mon enfant, j’ai du combattre sur tous les fronts psychologique, juridique financier et identitaire. Encouragé en cela par le fait que mon « épouse » ne s’était nullement souciée auparavant et durant deux ans, du sort de notre fils. Entretemps, son avocat engage une procédure judiciaire et profite du flou de la convention franco-marocaine pour engendrer une spirale atroce de difficultés dont j’ai du subir malgré moi les flagrantes injustices (prison, menaces, inquiétudes, instabilités familiale…). Heureusement, mon fils et moi avons réussi à surmonter la série vertigineuse d’aléas pour savourer enfin la quiétude et le bonheur d’être ensemble pour toujours et d’une façon légale. Aussi, le soleil des beaux jours éclaire désormais l’avenir de mon fils. De son côté, mon ex épouse a donc réussi à se marier avec son amant, lui a fait ses papiers pour résider légalement sur le territoire français et enfanta quelques gamins avec ce dernier. Les deux tourtereaux résident avec leurs progénitures jusqu’à présent dans l’ancien appartement de location que j’avais eu tant de mal à obtenir à Garges-lès-Gonesse, un an avant sa venue en France. Elle parvint aussi à obtenir des visas de tourisme à quelques membres de sa famille dont sa principale complice : sa vieille mère.
    J’ai écrit un livre " la valse des pantins" sur ce sujet, des extraits sont disponibles sur Internet.

    Résumé
    En 1990, Houcine épouse Mardia au Maroc. Quelques temps plus tard, celle-ci le rejoint en France, dans son appartement de Garges-lès-Gonesse. C’est alors le début de la lune de fiel... Avant que d’être une charge contre les dysfonctionnements des Justices française et marocaine, avant que de dénoncer les manipulations d’une femme intéressée, La Valse des pantins est un drame familial authentique. Celui vécu par un père et son fils dont l’existence commune est remise en cause par la folie des uns et des autres. Longtemps harcelé, emprisonné même, Houcine Ouachani se pare ici d’une robe de procureur et dresse un réquisitoire accablant contre l’imbroglio international dans lequel son ex-compagne l’a fait plonger. C’est donc le témoignage d’un homme injustement et doublement condamné. C’est surtout le cri d’un père aux droits bafoués. Un plaidoyer sans concession dont on ressort atterré et bouleversé.
    Biographie
    Né en France en 1963, Houcine Ouachani fait ses études en France. A l’âge de vingt-huit ans, il rentre dans son pays d’origine, le Maroc. Il y crée un journal hebdomadaire francophone qu’il intitule « la Passerelle » et le dirige pendant plusieurs années. Cette publication unanimement saluée est interrompue par le calvaire judiciaire causé par son ex- épouse. Humilié, incarcéré à plusieurs reprises dans une prison marocaine, il en ressort profondément blessé. Il rédige alors de sa plume trempée dans le vitriol La valse des pantins pour témoigner de l’histoire bouleversante de cette séparation d’avec sa première femme.
    http://www.edilivres.com/doc/4783/La-valse-des-pantins/Houcine-Ouachani

     
    • 14 mai 2010, par mat

      Je suis totalemnt d’accord avec Houcine OUACHANI, d’ailleurs, je crois qu’il n’est même plus question de mariage et de sentiments, c’est avant tout la marchandisation d’êtres humains, peut-on laisser des escrocs dénués d’humanitée et de respect envers les citoyens, s’installer de manière frauduleuse et immonde dans un pays comme la france, pays des droits de l’homme en la piétinant en profitant des failles des ces lois.

      il faut tout simplement protéger les citoyens français, et cela n’a rien de honteux ce qui est honteux c’est de laisser faire ces escrocs et oser dire qu’ils sont une minorité !!! ouvrez les yeux bon sens !!!

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