CIFP

Centre interdisciplinaire de formation à la psychothérapie relationnelle

MARSEILLE – PHILOSOPHIE ce samedi 21 janvier 2012 de 10:00 à 18:00

Philosopher à Marseille

[20 décembre 2011]

Claude Lanher

indispensable Kant, incontournable philosophie

Par Philippe Grauer

Tout psychopraticien relationnel qui se respecte même modérément seulement ce qui serait dommage, se doit (impératif catégorique) d’avoir étudié et pratiqué Kant. Bien entendu, de fil en aiguille, Kant et quelques autres. C’est pourquoi notre École attache tant d’importance à l’étude et pratique de la philosophie, non seulement pour les futurs psychopraticiens multiréférentiels qui se préparent à exercer leur profession, mais tout autant les autres professionnels exerçant déjà dans le cadre du carré psy, qui en viendraient tout naturellement à ouvrir grande leur curiosité de cette discipline, tant elle fournit les ailes indispensables à qui prétend s’approcher de la personne de l’autre, ayant déjà fait le travail au cours du dialogue psychothérapique ou psychanalytique de s’être approché un tant soit peu en vérité de soi-même.

Philosopher à Marseille

Notre réflexion pour cette année s’oriente sur la morale

Par Claude Lanher

Unité d’enseignement et d’apprentissage du 21 janvier 2012 de 10:00 à 18:00

Lors de notre dernière rencontre nous avons dans un premier temps dégagé des questions où la morale doit intervenir, mais où les solutions font problème. Sur quel pivot fonder une morale où des valeurs morales universelles ?

La philosophie kantienne constitue, dans la philosophie occidentale, la référence permettant de dépasser cette difficulté. Kant part d’un constat, si aucune valeur universelle ne peut être posée, si toute valeur est relative à l’individu ou à la culture qui la portent, aucun acte ne pourra moralement être condamné puisqu’il se trouvera toujours quelqu’un pour la justifier.

Reste à découvrir quels chemins peuvent mener à l’universalité de la loi morale. Nul besoin d’être savant, il suffit de disposer de la capacité de raisonner de manière à comprendre quelle absurdité logique peut résulter de l’universalisation de la maxime subjective qu’on fait jouer pour justifier l’acte envisagé.

L’exemple de la fausse promesse éclaircit l’opération. Je comprends immédiatement que si j’accorde à tout homme le droit de faire une fausse promesse pour se sortir d’affaire dès qu’il est en difficulté je ruine la possibilité même de la promesse qui n’a de sens et de réalité que si on fait confiance à l’engagement de la parole.

On doit aussi à Kant une élaboration intéressante de la notion de personne. Être une personne n’est pas un donné naturel, mais le résultat d’un effort constant pour se montrer digne de l’humanité que l’on porte en soi et pour accorder à l’autre humain le respect qui est dû à cette humanité en lui.

Cette profondeur de la pensée kantienne explique que des recherches éthiques actuelles s’en inspirent. Mais cela ne suffit pas à garantir la validité des solutions apportées.

Par exemple et même si du point de vue de Kant on peut réfuter le propos, on peut être ébranlé par la référence que fait Eichmann lors de son procès au devoir kantien. Eichmann, ministre zélé et efficace des transports du IIIème Reich, répète qu’il n’a fait que son devoir et cite Kant (Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, Folio histoire).

Faire exclusivement son devoir suffit-il pour agir moralement ? Peut-on fonder une morale sur le seul respect pour la loi, fût-elle morale ?

C’est dans cette perspective que l’on peut aussi comprendre le discours de Lévinas. Autrui n’est pas cette dignité impersonnelle que je dois respecter, il a un visage et dans ce visage je dois saisir la responsabilité qui m’engage en tant qu’homme. Pas de morale possible sans une référence immédiate à l’intersubjectivité, qui n’est pas un produit du raisonnement mais ce que je saisis, à même l’expérience. Nous avons exploré ces thèmes à partir de l’exposé d’Éric, la réflexion de Lévinas apparaissant comme tout à fait pertinente pour réfléchir au lien du psycho-praticien relationnel à son patient.

Pour parcourir la suite des critiques de la morale kantienne, nous examinerons deux autres auteurs qui ont en commun de contester l’éviction du désir dans la constitution de l’action morale. Le premier, Lacan (Kant avec Sade), montre les dangers du formalisme kantien. Le second, Nietzsche, procède à une généalogie de la morale pour montrer derrière des valeurs supposées altruistes et universelles toute une construction passionnelle négative, dont le fil directeur est la haine de la vie.


bbgr

Critique de la raison pratique : soit PUF, traduction Picavet, avec introduction de Ferdinand Alquié ; soit traduction nouvelle de J-P Fussler éditée par Garnier-Flammarion. Pour les Fondements de la métaphysique des moeurs, soit Delagrave (avec ce titre), soit Garnier-Flammarion, traduction de Alain Renaut, sous le titre : Métaphysique des mœurs, T I : Fondation. Le texte de Lacan est disponible sur Internet : Kant avec Sade, 1962, version publiée dans la revue Critique. Pour Hannah Arendt, c’est Folio Histoire, on en est à la enième édition.

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