CIFP

Centre interdisciplinaire de formation à la psychothérapie relationnelle

Ecole pour la psychothérapie relationnelle et multiréférencielle

   7.1 - Gestalt-thérapie existentielle

RÉFÉRENT
Patrick Mamie


La gestalt-thérapie vise à obtenir de la part de chacun une meilleure connaissance de son mo-de de fonctionnement psychique personnel, en particulier des mécanismes par lesquels nous évitons d’avoir conscience de certains aspects de nous-mêmes et réussissons de ce fait à nous morceler, à porter atteinte à notre unité profonde, à notre intégrité. À cet effet, elle observe les comportements manifestes et met en relief la façon dont nous perturbons notre contact avec notre monde interne (mental, émotif, corporel) et notre environnement externe (l’autre, les autres, le milieu), brisant ainsi le flot énergétique et frustrant de ce fait la satisfaction de nos be-soins personnels.

Dans sa démarche, la gestalt-thérapie s’attache à l’examen de ce que la personne éprouve immédiatement et recherche plus le comment du déroulement de la dynamique d’existence, son processus, que ses antécédents, ses causes historiques. Elle propose dans des conditions d’expérimentation contrôlée, dont le groupe peut offrir le cadre privilégié, un élargissement du champ d’expérience de la personne.

Sur le double fondement de cette connaissance de soi et de cette expérience élargies, permet-tant des comparaisons vécues, la personne pourra alors mieux identifier ses besoins et ses désirs propres, ainsi que ses ressources et possibilités, et sera mieux à même d’effectuer des choix de vie ultérieurs conscients dont il assumera la responsabilité.

Noël Salathé


On doit à Noël Salathé d’avoir introduit en France puis en Suisse la pensée de Irvin Yalom dont Existential psychotherapy est enfin traduit sous le titre Thérapie existentielle (délai de plus de vingt ans, classique dans notre pays d’avant-garde intellectuelle), soutenu par le groupe ARTEX, imprégnant de pensée existentialiste la gestalt-thérapie telle que pouvait la concevoir et transmettre en particulier Isadore From.

La proximité de ce courant avec la phénoménologie et ce qu’on commence à nommer philosophie clinique n’échappera pas au lecteur. Renvoyant aussi bien à Buber, Lévinas, Comte-Sponville. La "méthode Yalom" comporte par ailleurs une inspiration philosophique plus large que la seule phénoménologie.

Il n’existe pas de lien automatique entre Gestalt-thérapie et Psychothérapie existentielle. Cependant on peut prétendre la gestalt-thérapie existentielle par nature, si la réciproque est inexacte. Ce qui classe la gestalt-thérapie comme existentielle. On considère alors avec le groupe Artex l’amalgame des contraintes existentielles de Yalom — mort, liberté (responsabilité), finitude, absurdité, auxquelles Noël Salathé ajouta l’imperfection —, corrélées au système des valeurs et à la psychopathologie salathéens, le tout articulé au corpus théorique et méthodologique de la gestalt-thérapie, comme constituant un ensemble cohérent à partir du socle existentiel.

Philippe Grauer


— C 2 & C3 —

Patrick MAMIE

PROGRAMME

En raison de l’abord transversal de plusieurs thèmes, et de la nécessaire fluidité d’ajustement avec le processus de transmission, la chronologie décrite ci-dessous pourra varier au cours de la formation.

0 - GÉNÉRALITÉS
Des origines à nos jours.

Stage d’introduction aux fondements de la gestalt thérapie, historique et contexte.

Théorie de la forme, phénoménologie, existentialisme. Premières immersions expérientielles à partir de notions de base, telles que : champ organisme/environnement, self, frontière-contact, ajustement créateur, cycle de l’expérience, mécanismes de régulation, implication émotionnelle et corporelle.

Les thèmes principaux de ce premier stage seront repris et détaillés lors des séminaires ultérieurs.

1 - THÉORIE DU SELF - 1
Modes de fonctionnement, cycle de l’expérience.

Le Self, processus de contact en action, est au cœur de la pratique et de la théorie gestaltiste. Par une alternance de mises en situations expérientielles et d’exposés théoriques, nous nous intéresserons particulièrement à son déploiement au cours du cycle de l’expérience. Étude des registres de fonctionnement : Ça, Je, Registre moyen, Fonction personnalité.

Bibliographie : définition de lectures prioritaires sur la gestalt-thérapie.

2 - THÉORIE DU SELF - 2
Les perturbations du cycle de l’expérience.

Différents mécanismes entrent en jeu pour faciliter, distordre ou éviter le processus de contact, la relation permanente organisme-environnement. Les dysfonctionnements du Self, momentanés ou persistants, traduisent des réactions, des attitudes allant de la saine adaptation aux résis-tances et au comportement rigidifié, névrotique.

Étude des principaux mécanismes de régulation/perturbation : confluence, introjection, projection, rétroflexion, proflexion, déflexion, égotisme. Au cours de cette étape, nous prendrons le temps de poser un regard sur nos propres mécanismes d’ajustement créateur/conservateur dans différents contextes expérientiels.

3 - CRÉATIVITÉ
Expérimentation, mise en acte, mouvement, expression, rêves

La gestalt-thérapie fait volontiers appel à l’imaginaire et à la création de l’individu, du groupe, du psychothérapeute. L’expérimentation personnelle en situation — expérienciation — y tient une place centrale, en lien avec ce que l’on est en train d’éprouver et non réduite à de simples exercices de contact. Au cours de ce stage, divers objets médiateurs seront engagés comme supports du travail intrapsychique et relationnel.

Frédéric Perls porta un intérêt marqué pour les artistes de son temps, notamment dans le domaine théâtral. Ainsi, la gestalt-thérapie dont il posa les fondements fut influencée par ses rencontres d’alors. Il est naturel que nous abordions ici le psychodrame et le monodrame, domaines qui privilégient la mise en acte, le mouvement et l’émotion, leviers puissants pour une prise de conscience et une implication globale de la personne.

Nous nous intéresserons aussi aux rêves, dont les modalités pratiques d’exploration partagent avec la psychologie jungienne des orientations communes.

4 - CONTRAINTES EXISTENTIELLES
Gestalt et philosophie
Séparation, deuil, mort, finitude
Contextes sociaux

La gestalt-thérapie est une psychothérapie où l’intégration de la philosophie et de la clinique aboutit à une méthodologie d’intervention spécifique prenant en compte les contraintes existentielles. L’angoisse ne se conçoit plus comme un signal de danger face au débordement du Moi par les pulsions, mais comme une réponse à la crainte de l’homme confronté à ces paramètres incontournables. La recherche de la fonction des modes de perturbation (résistances) nous conduira à comprendre ce qui constitue le fond de la névrose.

Pour résumer, les contraintes existentielles peuvent conduire le sujet à des impasses répétitives fondées sur le refus de la réalité face à la responsabilité, la solitude, la finitude, l’imperfection, la quête de sens.

Regards gestaltistes sur la séparation, la perte, le deuil, la mort, la finitude.

Gestalt-thérapie et société : influences et interactions du milieu socio culturel.

5 - LA RELATION THÉRAPEUTIQUE 1
Engagement, implication, dévoilement

Qu’est ce qui caractérise la relation psychothérapique en gestalt-thérapie ? Le futur praticien sera invité à mobiliser la totalité de sa personne, à ne pas se réfugier derrière une apparente neutralité. Il s’agira d’acquérir peu à peu la posture favorisant l’engagement dans la relation psychothérapique, dans un face à face stimulant à la fois les prises de consciences et favorisant la mobilisation et le changement.

Premiers pas dans l’animation de séances individuelles et de groupe. Focus sur les mécanismes de régulation de l’apprenti psychothérapeute.

6 - LA RELATION THÉRAPEUTIQUE 2
Transfert / phénomènes de répétition, de champ

Existence, statut, place et traitement du transfert en Gestalt thérapie. Nous ferons le point sur la question et ses incidences sur la conduite de la psychothérapie à partir du point de vue de divers auteurs, dont Gilles Delisle et sa GPRO concernant les enjeux de reproduction-reconnaissance-réparation.

Notion de champs expérientiels, d’impasse de contact. Nous tenterons de saisir dans quelle mesure certains courants contemporains de la gestalt-thérapie peuvent enrichir ses fondements tout en préservant l’esprit de ses formulations initiales.

Poursuite et approfondissement de mises en situation expérientielles graduées client/thérapeute.

7 - PSYCHOPATHOLOGIE
Les troubles de la personnalité

Perls et Goodman parlent surtout de critères de santé et ne présentent guère de conceptualisa-tion élaborée de la pathologie. L’idée même de diagnostic et de classification divise les théoriciens de la gestalt-thérapie. Essentielle dans le processus psychothérapique, la qualité de présence et d’engagement du praticien doit pouvoir prendre appui sur un fond clinique et théorique suffisamment riche et articulé.

Nous conduirons notre étude en nous référant à différentes grilles de lecture des structures psychopathologiques de personnalité — Salathé, Delisle, DSM, CIM, Szondi, que nous mettrons en perspective avec l’attitude gestaltiste d’observation phénoménologique à la frontière-contact.

8 - SEXUALITÉ
Compétences, tolérances, limites, tabous, abus, fantasmes, paraphilies

Sexualité : comment la gestalt-thérapie éclaire cette sphère du psychisme humain liée au corps en termes de stratégies et modes d’intervention ? Des lectures, des travaux individuels et en groupe nous permettront de questionner notre rapport à la sexualité en général, à la nôtre en particulier, dans la perspective de l’accompagnement de clients abordant ce thème au cours de leur parcours psychothérapique. Notre capacité à accueillir, tolérer, éviter ou refuser sera expérimentée à travers divers dispositifs : situation redoutée, mise en acte, régression, agressivité, violence, tendresse.

Aperçu des devoirs et obligations au regard de la loi.

9 - INTÉGRATION
Présent et avenir

Révision générale des notions abordées tout au long de la formation, tests interactifs des acquis, présentation de thèmes princeps par les étudiants, bilans et échanges.

Retour sur les formes d’application et leur pertinence : gestalt-thérapie individuelle, en groupe, de groupe, en couple, pour enfants, adolescents, personnes malades ou en fin de vie.

Regards sur l’horizon et perspectives pour le C4 : poursuite de la formation, perfectionnement en gestalt-thérapie, supervision. Bibliographie : Ouvrages et articles traitant de thèmes spécifiques en gestalt-thérapie.


Débat

Françoise Rossignol, membre d’Artex, adresse à Philippe Grauer l’observation que nous vous livrons. Cela permet de

a) dégager d’abord la différence entre

intégration : conjoindre gestalt-thérapie et psychothérapie existentielle à la Yalom

multiréférentialité dans laquelle la conjonction représente en quelques points au moins une mission impossible, les soubassements théoriques et méthodologiques se révélant contradictoires.

b) poser la question de l’organisation en tendances au sein d’une discipline considérée, et déterminer s’ils doivent constituer des noyaux disjonctifs institutionnels et scientifiques dommageables. Le concept de multiréférentialité de ce point de vue permettrait de tolérer les conflits permanents sans les faire dégénérer en conflits rivalitaires, revêtant rapidement un caractère kleinien où l’envie et ses ravages prendraient le pas sur la pitié, phénomène souvent observable à l’échelle institutionnelle.

Nous livrons cet élément de dialogue tel quel afin de laisser au débat son caractère vivant, susceptible pensons-nous d’ouvrir le champ de la réflexion mieux qu’une synthèse bien lissée. Cela donnera une idée du style d’Artex. En une telle matière, les questions de style ont leur importance.

Je m’interroge sur le point suivant : la gestalt-thérapie se suffisant effectivement à elle-même dans sa spécificité conceptuelle et sa stratégie clinique, faut-il, dès que dans nos pra-tiques nous l’associons à la philosophie existentielle, à la phénoménologie, à la culture des petits pois, parler en termes de courants ?

C’est sur la base de cette interrogation que j’ai répondu à l’enquête préparatoire des États généraux pour prendre la position suivante : pour moi il n’y a pas de " courants de la gestalt-thérapie ", il y a des courants psychothérapiques. Et l’un d’entre eux associe les apports de la philosophie existentielle et la gestalt-thérapie. C’est ce que nous faisons à ARTEX. Nous ne constituons pas pour autant un courant.

L’intérêt de cette position, c’est qu’elle laisse à la gestalt-thérapie sa spécificité d’une part et laisse à tout psychothérapeute sa liberté pour forger sa propre pratique. Cela évite les querelles d’écoles inter gestaltistes, et nous situe dans le champ de la multiréférentialité. Ce n’est pas à toi que je vais vanter les avantage de cette position intellectuelle qui seule me paraît digne d’un esprit libre. Éviter les querelles d’orthodoxie, éviter les appropriations abusives, promouvoir nos différences hors du champ de la légitimité des héritiers ou des colonisateurs, voilà qui me convient. Comme à toi, je le pense.

Françoise Rossignol

Après clarification on parvient à la formulation suivante. La gestalt-thérapie est existentielle par nature, la psychothérapie existentielle n’est réciproquement pas gestaltiste. Cela permet de rétablir le bon sens des emboîtements.

Philippe Grauer


Élements de bibliographie

 Prioritairement :

PERLS Fritz, HEFFERLINE Ralph, GOODMAN Paul. Manuel de Gestalt-thérapie. Paris, ESF, 2005.-
SALATHE Noël K. Psychothérapie existentielle, une perspective gestaltiste. Genève, Publication de l’I.P.G.E, 1995, 173 pages, disponible au CIFP.-

 Puis :

GINGER Serge. La Gestalt, une thérapie du contact. Paris, H et G, 1987.-
PETIT Marie. La Gestalt, thérapie de l’ici-maintenant. Paris, ESF, 1984-
PERLS Laura. Vivre à la frontière. Montréal, Ed. du Reflet, 1993.-
VANOYE Francis. La Gestalt, thérapie du mouvement. Paris, Vuibert, 2005.-
YALOM Irvin, Thérapie existentielle, 2008, Paris, Galaad, 756 p. -

 Encore :

BOUCHARD Marc André. De la phénoménologie à la psychanalyse, Freud et les existentialistes américains. Bruxelles, Mardaga, 1990.-
DELISLE Gilles. Les pathologies de la personnalité. Montréal, Ed. du Reflet, 2004.-
DELISLE Gilles. La relation d’objet en Gestalt-thérapie. Montréal, Ed. du Reflet, 1998.-
DELISLE Gilles. Les troubles de la personnalité, perspective gestaltiste. Montréal, Ed. du Reflet, 1991.-
JUSTON Didier. Le transfert en psychanalyse et en Gestalt-thérapie. Lille, La boîte de Pandore, 1990.-
PERLS Fritz, HEFFERLINE Ralph, GOODMAN Paul. Gestalt-thérapie. Tomes 1 et 2, Montréal, Stanké, l979.-
PERLS Fritz. Le Moi, la Faim et l’Agressivité. Paris, Tchou, 1978.-
PERLS Fritz. Ma Gestalt-thérapie, une poubelle vue du dedans et du dehors. Paris, Tchou, 1976. (USA, 1969).-
POLSTER Erving & Miriam. La Gestalt, nouvelles perspectives théoriques et choix thérapeutiques et éducatifs. Montréal, Le Jour, 1983.-
ROBINE Jean-Marie. S’apparaître à l’occasion d’un autre. Bordeaux, L’exprimerie, 2004.-
SALATHÉ Noël K. Aperçus cliniques sur les caractères : Gestalt-thérapie et analyse existentielle. Paris, Amers, l990.-
SHEPARD Martin. Le père de la Gestalt, dans l’intimité de Fritz Perls. Montréal, Stanké, 1980.-
SPAGNUOLO LOBB Margherita. Permis de créer, l’art de la Gestalt-thérapie. Bordeaux, L’Exprimerie, 2006.-
ZINKER Joseph. Le thérapeute en tant qu’artiste. Paris. L’Harmattan, 2006.-
Cahiers de Gestalt-thérapie. Publications périodiques du Collège Français de Gestalt-thérapie. Bordeaux, Ed. L’Exprimerie (exprimerie@gestalt-ifgt.com).-
Revues Gestalt. Publications périodiques de la Société française de Gestalt. Vauréal, Ed. Revues Gestalt. (www@sfgestalt.org/publication).-


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