RÉFÉRENT
Daniel Ramirez
La philosophie est de plus en plus sollicitée dans le panorama culturel actuel, autant dans le domaine public que dans celui plus spécialisé des sciences humaines. À ceci, deux raisons.
1) Les Sciences humaines ont établi leur légitimité sur ce qu’on pourrait appeler le principe de relation, où l’observateur modifie ce qu’il observe du fait même qu’il appartient au champ observé. Le même principe d’incertitude — sur un mode différent — tient les sciences dites dures, fondatrices d’une technologie en pleine mutation qui bouleverse notre environnement.
Dans ces conditions notre monde a plus que jamais besoin d’être pensé, et cherche dans la philosophie le moyen de s’enquérir des fondements des disciplines et des instruments de sa connaissance et de son développement en tant que monde humain.
2) D’autre part, aux yeux du grand public la confiance dans le progrès et dans l’évolution de la société s’est fortement émoussée au constat d’une crise permanente des valeurs et des croyances, dans laquelle les grands systèmes de référence — organisateurs de sens — religieux ou idéologiques, ne remplissent plus leur rôle et sont en retrait. Alors que les promesses de bonheur et d’harmonie d’une société de plus en plus riche en moyens ne se traduisent toujours pas dans une réalisation des fins. Au terme de quoi le philosophe déclare l’individu toujours aliéné ou massifié, le couple introuvable, l’amour, la filiation, la liberté, le plaisir, toujours problématiques.
Ce à quoi le psychothérapeute propose l’issue pratique — et modeste — de l’application de sa méthode, appuyée sur une conception de l’homme, de la santé, et des moyens symboliques propres à la restaurer. L’approche multiréférentielle se nourrit de leur rencontre dans la mesure où la philosophie procure le cadre d’une mise en question radicale des bases des différents systèmes de compréhension et des principes des différentes pratiques psychothérapiques. C’est l’homme dans son être même que la psychothérapie met en jeu. Comment comprendre l’autre, comment s’engager, convier quelqu’un à un travail sur soi sans cette mise en perspective, ce questionnement que la philosophie n’a cessé d’entreprendre — sans avoir attendu pour cela la naissance tardive des Sciences humaines ?
Aussi bien le but de la partie philosophique de la formation ici présentée ne saurait être le même que celui d’un cursus universitaire classique de philosophie. On abordera de préférence certaines problématiques particulièrement importantes pour un psychothérapeute relationnel.
Néanmoins il n’est pas aisé d’isoler ces problématiques de l’évolution de l’ensemble de la pensée philosophique. Une approche double sera proposée : d’une part un parcours de l’histoire de la philosophie, avec ses problèmes et les figures de pensée qui lui sont propres, et de l’étude des philosophes les plus représentatifs. D’autre part une approche problématique : un concept ou une thématique particulière, comme la liberté, l’âme et le corps ou la formation de l’idée de sujet.
Naturellement, pas de développement d’une problématique possible sans considération de l’histoire, de son évolution, ni d’histoire de la pensée sans compréhension de ses problématiques et discussion de ses concepts. Aussi la disposition adoptée n’aura d’autre but que l’organisation d’un parcours pédagogique commode, et le choix des contenus, y compris l’approche historique, s’inspirera des problèmes les plus liés aux préoccupations du psychothérapeute.
— C 2 —
Daniel RAMIREZ
PROGRAMME
1 Introduction à la philosophie
—> Problématique 1
Qu’est-ce-que la philosophie ? Qu’est-ce-qu’une question philosophique ? La méthode socratique : La critique des idées reçues, la maïeutique, l’interrogation sur l’essence, l’idéal d’une vie authentique : connais-toi [1] , la recherche de la vérité.
La philosophie et ses objets : l’être, la connaissance, l’action.
L’approche systématique : l’ontologie, l’épistémologie et l’éthique.
Quelques concepts de base : pensée, savoir, sagesse, réflexion, raison.
2 La philosophie grecque jusqu’à Platon
—> Historique 1
La spécificité de la pensée grecque. Le fond de la mythologie et de la tragédie. Les "pré-socratiques", Héraclite, Parménide, le logos, l’être. Le tournant anthropologique de la période de la démocratie : les sophistes, la philosophie et la politique ; Socrate à nouveau.
Platon : l’invention de la métaphysique. La théorie des idées ; la dialectique, l’idée du Bien.
Le mythe de la caverne. L’immortalité de l’âme. L’idéal de la cité.
— > Lecture : un dialogue (le Banquet, le Phèdre ou le Philèbe).
3 Le problème de l’homme —> Problématique 2
Introduction à une anthropologie philosophique. Qu’est-ce-que l’homme ? L’humain et la liberté, l’indéterminé. L’humanisme. Problème de l’universalité et de la diversité : l’homme comme créateur de culture, le symbolique, les valeurs, les droits de l’homme. L’essence de l’homme peut-elle changer ? : la bioéthique (le surhomme ? ), la vie.
— > Lectures : Pic de la Mirandole : De hominis dignitate. Sartre : L’existentialisme est un humanisme.
4 À partir d’Aristote —> Historique 2
Aristote. La philosophie comme discipline logique : l’ontologie propositionnelle.
La doctrine des causes. Concepts d’Energeïa et Dynamis.
l’Éthique et le bonheur (Evdaimonia). Lecture de l’Éthique à Nicomaque. Le finalisme. L’union de l’âme et le corps (Psyché et soma).
La poétique et le concept de Katarsis. Les passions.
Les écoles de sagesse
Épicure. Le matérialisme. Le désir et la souffrance, le concept d’ataraxie. Lucrèce.
Les Stoïciens : la providence, la nature, l’idéal de vie. Senèque et Cicéron.
—> Discussion : les formes actuelles d’épicurisme ou de stoïcisme comme réponse aux problèmes de l’existence, leur validité en tant que sagesse.
— C 3 —
5 L’héritage judéo-chrétien
—> Historique 3
L’homme en face de son créateur : l’apport du monothéisme, la loi, la foi. Les ébauches de l’idée de liberté : la responsabilité et la culpabilité. La notion de chute, le péché et le salut.
Augustin. La naissance de l’intériorité du sujet et de la conscience. Le libre arbitre.
La scolastique médiévale : la raison et la foi, l’aristotélisme oriental : Averroes, Maïmonide. Thomas d’Aquin et la synthèse théologique : le problème de l’existence de Dieu. Anselme et l’argument ontologique. Le problème des universaux.
—>Discussion : l’humain face à Dieu aujourd’hui, la spiritualité. Religion et psychothérapie.
6 L’âme et le corps
—> Problématique 3
En quoi le corps pose-t-il problème ? Qu’est-ce-que le corps ? Qu’est-ce-que l’âme ou le psychisme ? Les "solutions" dualistes ou monistes.
Évolution de la problématique : retour à Platon, Aristote, Épicure, Augustin.
Incursion chez Descartes, Spinoza, Nietzsche.
Le corps répudié, le corps objet, le corps vécu. Le corps incarné : la chair.
Introduction à une phénoménologie du corps : Merleau-Ponti, Sartre.
7 De la Renaissance aux Lumières
—> Historique 4
La grande mutation : du cosmos fermé à un monde infini. Giordano Bruno. La révolution copernicienne et la naissance de la science moderne.
Descartes : le projet, la méthode. Une découverte capitale : le cogito, seconde naissance du sujet. La substance pensante et la res extensa ; retour sur l’âme et le corps : les passions de l’âme. Le rationalisme. Lecture de la Méditation V.
Spinoza : la liberté. Le projet de l’Éthique. La nature, la joie et le bonheur.
—> Lecture : préface du Traité de la réforme de l’entendement.
L’empirisme anglais, la connaissance et la sensation ; le rôle de la science, la critique du langage métaphysique. Hume et Locke.
8 Éthique et morale
—> Problématique 4
L’agir humain : le bien, la finalité de la vie. Le bonheur.
Le problème du fondement de la morale. Hétéronomie ou autonomie éthique.
L’impératif catégorique et le formalisme moral. Le devoir. Le problème du mal.
Analyse de l’acte moral, la liberté et la conscience. Des éthiques professionnelles ?
La responsabilité, la bienveillance.
