CIFP

Centre interdisciplinaire de formation à la psychothérapie relationnelle

Ecole pour la psychothérapie relationnelle et multiréférencielle

II Historique et philosophie de la formation

Le CIFP fut fondé [1] en 1986 dans le dessein d’offrir une alternative multiréférentielle radicale aux formations jusque là disponibles, qui par leur centration sur un domaine exprimé en doctrine impérialiste et salvatrice, restreindraient la formation psychothérapique relationnelle au cadre d’une hégémonie décidée d’avance.

Il a choisi de dispenser au contraire une formation résolument polytechnique, croisant les axes cardinaux de la psychanalyse, de l’existentialisme gestaltiste, du psychocorporel et du groupal, sans en faire les ingrédients d’une soupe éclectique ni les hiérarchiser d’avance dans le cadre d’une méthodologie préférentielle déclarée ou non.

Son projet demeure, fortifié par son expérience, de transmettre de façon vivante et dialogale des méthodes et des concepts suffisamment problématiques, pour ne pas avoir l’allure, en dépit de leur importance, d’un savoir enfin unifié, constitué, momifié, qu’il n’y aurait plus qu’à étudier pour se l’ingurgiter positivement.

C’est dans une telle perspective qu’il propose une approche processuelle, intégrant le cheminement par l’erreur fertile de l’expérience personnelle, ce qui fait des étudiants plutôt des apprentis, des psychothérapeutisants, occupés à effectuer le travail sur eux de devenir psychothérapeutes.

Dans ce contexte l’objectif du Cifp, son ambition interdisciplinaire, n’est pas d’élaborer une sorte de métapsychothérapie qui combinerait et transcenderait les différentes disciplines, au risque de ne produire qu’un faux Tout, amalgame peu cohérent au demeurant illusoire. Il s’agit d’inviter le futur praticien à s’ouvrir de façon réfléchie à la richesse et la diversité des méthodologies possibles de l’exercice professionnel, dépassées les passions dogmatiques des années 60 et suivantes, au sein du paysage psychothérapique de la fin, puis du début du siècle (suivant ! on saisit au vol le passage du temps et de la ligne de démarcation séculaire. Ce texte écrit en fin de siècle, s’est vu aggiornamenté, relouqué XXI ème).

Plusieurs des concepts représentés dans ces divers courants, demeurent probablement inconciliables, et nous considérons leur incompatibilité comme un bienfait, invitant le psychothérapeute à l’humilité et au dialogue.

Reste à tirer parti de ces points de vue irréductibles. Nous souhaitons instaurer en la matière un système de questionnement et de confrontation permettant à chacun de produire par lui-même, son système d’incertitude consolidée, où se maintienne une interrogation tonique.

À ce propos l’appellation anglo-saxonne de psychothérapie intégrative, dont on revêt parfois au niveau international un tel projet nous semble partiellement impropre, limitative. Elle induit qu’une formule de synthèse officielle serait en voie de réalisation, avec une appellation contrôlée de plus, ce qui tourne le dos à ce que nous essayons de maintenir.

Ainsi plus que l’instrument que privilégie le psychothérapeute relationnel, c’est sa posture, sa capacité et qualité en tant qu’être-psychothérapeute qui compte à nos yeux.

Finalement, théorie et méthode, connaissance et savoir-faire, si indispensables, ne constituent que le fondement, que des modes, de l’attitude de base propre au psychothérapeute relationnel. L’important reste que le type d’acte qu’il effectue, la fonction à laquelle il donne consistance, au travers de son être même, traverse et dépasse l’ensemble des particularités propres à chaque discipline.

D’où une conception spécifique de la formation. Nos apprentis psychothérapeutes relationnels se voient proposer les orientations axiales à nos yeux — à l’exclusion des approches cognitivistes-comportementalistes car nous nous sommes restreints au champ croisé de la psychanalyse et des psychothérapies humanistes majeures — qui représentent les courants principaux de ce qu’on pourrait appeler la psychothérapie clinique contemporaine. Orientations qu’on ne peut sans dommage ignorer si l’on se dispose de nos jours à exercer cette pratique. Ils se les voient proposer ÉGALEMENT, non structurés ou hiérarchisés d’avance.

Dans l’éventail offert par la psychanalyse, le domaine psychocorporel, la gestalt-thérapie existentielle, la pratique psychothérapeutique de groupe, chacun, en cours de formation, pourra définir l’approche qui lui convient, s’articulât-elle à plusieurs, s’y spécialiser et affiner son style propre. Sa polyvalence aura été travaillée au cœur de sa personne même. Sa posture clinique, acquise dans l’ouverture, s’édifiera alors sur un socle varié de connaissances théoriques, méthodologiques et expérientielles. Un comparatisme qui ne se réduise pas à l’éclectisme, entre des univers de référence controversables, lui aura permis de mûrir une attitude critique, tolérante, suffisamment assise.

Et ceci nous nous proposons de l’enseigner, de le transmettre surtout, du fait même que nous nous efforçons de pratiquer entre nous ce questionnement, cette exploration, cet échange comme en plusieurs langues, avec par confrontation comparatiste, vue sur le langage, sur le phénomène psychothérapique lui-même.

Ce dialogue pédagogique, didactique et de recherche engagé sur le terrain depuis maintenant vingt deux années*, s’est affiné. Notre équipe a évolué, s’est étoffée et affirme ses voies. C’est cette histoire au service d’une idée commune qui a fait son chemin, que nous sommes heureux de vous proposer de partager avec vous.

* Lors de sa première édition ce texte parlait de DOUZE années. Le temps a passé, l’expérience l’a confirmé, nous sommes fiers de constater qu’il n’y a pas lieu de modifier cette rédaction. Nous n’avons qu’accolé le terme relationnel à psychothérapie, car en 1994 nous n’en avions pas encore dégagé le concept, ni n’avions dessiné le Carré psy.

[1] par Philippe Grauer, Christian Chazette, Noël Salathé.

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