CIFP

Centre interdisciplinaire de formation à la psychothérapie relationnelle

Ecole pour la psychothérapie relationnelle et multiréférencielle

II Historique et philosophie de la formation

Le CIFP fut fondé [1] en 1986 dans le dessein d’offrir une alternative multiréférentielle radicale aux formations jusque là disponibles, qui par leur centration sur un domaine exprimé en doctrine impérialiste et salvatrice, restreindraient la formation psychothérapique relationnelle au cadre d’une hégémonie décidée d’avance [2].

Conflits en sciences humaines

Pour mieux comprendre cette question, il faut considérer que le champ psy se trouve, comme beaucoup d’autres traitant des grandes interrogations humaines, représenter un espace où s’exercent des désirs d’hégémonie tant au niveau institutionnel et corporatiste qu’épistémologique, méthodologique et éthique, le tout poussé par des vents idéologiques. Autrement dit les sciences humaines cliniques sont le terrain de conflits, et parfois de véritables haines structurées — malencontreux dira-t-on pour des spécialistes du psychisme, mais bien réels.

Nouvelle donne

Durant la seconde moitié du xxe siècle la psychanalyse, devenue inspiratrice de la psychiatrie et d’une partie de la psychologie, exerça son hégémonie, tant professionnelle que culturelle, souvent profitable, souvent également arrogante.

L’arrivée des Nouvelles thérapies issues de la psychologie humaniste sur la scène psy, détrônant la psychanalyse, ainsi que la montée en puissance des neurosciences, changea la donne. Toutefois les Nouvelles thérapies ne s’installèrent jamais de façon stable à l’université, campant en dehors de ses murs, dans leurs propres écoles et institutions, à la marge. La psychanalyse, elle, tint solidement ses positions.

Feux de paille à l’université

Paris 8, université expérimentale, dans son UFR de Sciences de l’Éducation, connut, sous l’impulsion de Philippe Grauer dans les premières années 1970 une sorte de département Potentiel humain qui réalisait la maquette d’un enseignement théorique et clinique des Nouvelles thérapies. Cela dura l’espace de quelques années. Paris VII, sous l’impulsion de Max Pagès et de son Laboratoire du changement social, connut une expérience intéressante dans ce domaine. Vite liquidée par les psychanalystes locaux.

La société française, encore moins son université, n’était pas prête à se lancer durablement dans ce genre d’expérience et d’entreprise intellectuelle.

Par contre le corps social intégra volontiers les Nouveaux thérapeutes comme praticiens. C’est à partir de là qu’ils se sont développés et ont rayonné au point de faire envie, et peur, aux universitaires jusqu’aux développements politiques que l’on sait.

Apparition du DSM IV

Par ailleurs l’institution néo kraepelienne du DSM IV fournit à la psychiatrie américaine la locomotive qui allait pouvoir tracter au niveau mondial le train psychiatrie [3] + psychologie sur les rails du scientisme. Si bien qu’à l’université finalement le comportementalisme dont la psychologie humaniste croyait avoir balayé les prétentions à contrôler l’ensemble de la psychologie, reprit des forces, s’appuyant sur un mouvement intellectuel allant de pair avec le souci libéral d’évaluation et de quantification générale de toute chose, y compris humaine, engendrant un néo scientisme très porté sur la statistique que nous avons depuis baptisé la scientistique [4] .

Scientistique contre subjectivation

Ainsi sous le nom de cognitivisme, allié aux neurosciences, la scientistique entama-t-elle de reprendre le dessus sur la psychanalyse (baptisée psychologie clinique en tant qu’enseignement universitaire) et d’entreprendre de la réduire — et de façon plus générale sur les disciplines relevant de ce que nous appelons la dynamique de la subjectivation, caractérisant la psychanalyse, elle-même très diverse, constituant un bloc avec la psychothérapie relationnelle [5] . Cette lutte impitoyable se poursuit actuellement. Avec des rémissions s’exerce une poussée antipsychanalytique continue.

Ostracisme à la française

Corrélativement les psychanalystes universitaires français dans leur ensemble méconnaissent systématiquement la psychothérapie relationnelle. Cela constitue un des charmes de l’exception française. Ailleurs dans le monde et en Europe en particulier cet ostracisme idéologique n’a pas cours. Exception notable, les psychanalystes dans la mouvance de la Cause freudienne, au sein de la Coordination psy représentée par Jacques- Alain Miller, et quelques grands intellectuels comme Élisabeth Roudinesco, se sont illustrés par le refus de ce temps du mépris, absurdité politique, scientifique et humaine.

Champ pacifié

Le Cifp a délibérément choisi d’instaurer un champ pacifié entre les deux protagonistes scientifiques situés dans le champ de la dynamique de la subjectivation que constituent la psychanalyse et la psychothérapie relationnelle. Dans un tel champ unifié mais divers aucune prévalence officielle ou officieuse n’instaure une discipline en position dominante a priori. Plus de luttes fratricides, plus de discipline reine, mais une pensée critique et un espace complexe et tolérant.

Formation polyvalente

Il a choisi de dispenser au contraire une formation résolument polytechnique, croisant les axes cardinaux de la psychanalyse, de l’existentialisme gestaltiste, du psychocorporel et du groupal, sans en faire les ingrédients d’une soupe éclectique ni les hiérarchiser d’avance dans le cadre d’une méthodologie préférentielle déclarée ou non.

Pas de savoir pré-cuit

Son projet demeure, fortifié par son expérience, de transmettre de façon vivante et dialogale des méthodes et des concepts suffisamment problématiques, pour ne pas avoir l’allure, en dépit de leur importance, d’un savoir enfin unifié, constitué, momifié, qu’il n’y aurait plus qu’à étudier pour se l’ingurgiter positivement.

La méthode de l’erreur fertile

C’est dans une telle perspective qu’il propose une approche processuelle, intégrant le cheminement par l’erreur fertile de l’expérience personnelle, ce qui fait des étudiants plutôt des apprentis, des psychothérapeutisants, occupés à effectuer le travail sur eux de devenir psychothérapeutes.

Psychodiversité

Dans ce contexte l’objectif du CIFP, son ambition interdisciplinaire, n’est pas d’élaborer une sorte de métapsychothérapie qui combinerait et transcenderait les différentes disciplines au risque de ne produire qu’un faux Tout, amalgame peu cohérent au demeurant illusoire. Il s’agit d’inviter le futur praticien à s’ouvrir de façon réfléchie à la richesse et la diversité de méthodologies possibles de l’exercice professionnel, dépassées les passions dogmatiques des années 1960 et suivantes, au sein du paysage psychothérapique de la fin, puis du début du siècle [6] .

Concepts irréconciliables ?

Plusieurs des concepts représentés dans ces divers courants, demeurent probablement inconciliables, et nous considérons leur incompatibilité comme un bienfait, invitant le psychothérapeute à l’humilité et au dialogue.

Incertitude consolidée

Reste à tirer parti de ces points de vue irréductibles. Nous souhaitons instaurer en la matière un système de questionnement et de confrontation permettant à chacun de produire par lui-même, son système d’incertitude consolidée, où se maintienne une interrogation tonique.

Psychothérapie inintégrative

À ce propos l’appellation anglo-saxonne de psychothérapie intégrative [7] , dont on revêt parfois au niveau international un tel projet nous semble partiellement impropre, limitative. Elle induit qu’une formule de synthèse officielle serait en voie de réalisation, avec une appellation contrôlée de plus, ce qui tourne le dos à ce que nous essayons de maintenir. En fait si l’on se tient à l’écart de la psychanalyse la problématique multiréférentielle s’estompe.

Posture de base

Ainsi plus que l’instrument que privilégie le psychothérapeute relationnel, c’est sa posture, sa capacité et qualité en tant qu’être-psychothérapeute qui compte à nos yeux.

Subjectivité engagée en relation

Finalement, théorie et méthode, connaissance et savoir-faire, si indispensables, ne constituent que le fondement, que des modes, de l’attitude de base propre au psychothérapeute relationnel. L’important reste que le type d’acte qu’il effectue, la fonction à laquelle il donne consistance, au travers de son être même, traverse et dépasse l’ensemble des particularités propres à chaque discipline.

Psychothérapie clinique contemporaine

D’où une conception spécifique de la formation. Nos apprentis psychothérapeutes relationnels se voient proposer les orientations axiales à nos yeux — à l’exclusion des approches cognitivistes comportementalistes car nous nous sommes restreints au champ croisé de la psychanalyse et de quelques psychothérapies humanistes majeures [8] — qui représentent les courants principaux de ce qu’on pourrait appeler la psychothérapie clinique contemporaine. Orientations qu’on ne peut sans dommage ignorer si l’on se dispose de nos jours à exercer cette pratique. Ils se les voient proposer également, nous l’avons vu, non structurés ou hiérarchisés d’avance.

Polyvalence critique

Dans l’éventail offert par la psychanalyse, le domaine psychocorporel, la gestalt-thérapie existentielle, la pratique psychothérapeutique de groupe, chacun, en cours de formation, pourra définir l’approche qui lui convient, s’articulât-elle à plusieurs, s’y spécialiser et affiner son style propre. Sa polyvalence aura été travaillée au cœur de sa personne même. Sa posture clinique, acquise dans l’ouverture, s’édifiera alors sur un socle varié de connaissances théoriques, méthodologiques et expérientielles. Un comparatisme qui ne se réduise pas à l’éclectisme, entre des univers de référence controversables, lui aura permis de mûrir une attitude critique, tolérante, suffisamment assise.

Pratique de l’ouverture en équipe

Et ceci nous nous proposons de l’enseigner, de le transmettre surtout, du fait même que nous nous efforçons de pratiquer entre nous ce questionnement, cette exploration, cet échange comme en plusieurs langues, avec par confrontation comparatiste, vue sur le langage, sur le phénomène psychothérapique lui-même.

Recherche engagée

Ce dialogue pédagogique, didactique et de recherche engagé sur le terrain depuis bientôt vingt-cinq ans [9] , s’est affiné. Notre équipe a évolué, s’est étoffée et affirme ses voies. Une équipe locale démarre à Marseille une nouvelle aventure méditerranéenne. C’est cette histoire au service d’une idée commune qui a fait son chemin, cette expérience s’étendant sur une génération, que nous sommes heureux de vous proposer de partager avec vous.

[1] par Philippe Grauer, Christian Chazette, Noël Salathé.

[2] Cela ne saurait signifier cependant que nous ignorions l’importance considérable de la psychanalyse dans le champ des sciences humaines et sur l’échiquier psy. À ne pas la déclarer dans une majesté et toute-puissance a priori nous pensons permettre à nos étudiants d’accéder à elle non par privilège d’école mais par son mérite réel, sans les emprisonner non plus dans le sectarisme et l’idolâtrie qui n’ont rien à voir avec sa grandeur et puissance théoriques et cliniques.

[3] Une psychiatrie divorcée de la psychanalyse, retournant à la neurologie.

[4] Par ce mot valise nous entendons compacter le scientisme, religion de la science et le statisticisme, religion du Chiffre, qui aboutit à l’absurdité de l’application de systèmes de mesure sans rapport avec l’objet prétendument mesuré. Bien entendu la science et la statistique n’ont rien à voir avec la scientistique.

[5] Bloc objectif : selon les moments les deux entités s’affrontent, se coordonnent ou s’ignorent..

[6] On saisit au vol le passage du temps et de la ligne de démarcation séculaire. Le texte d’origine, écrit en fin de siècle, s’est vu rafraîchir et enrichir, il affleure ici.

[7] L’appellation nouvelle venue de psychanalyse intégrative présente à nos yeux l’exigence du même type de réserve.

[8] Phénoménologie existentielle gestaltiste, corps bioénergétique post reichien, travail de respiration et d’évolution en eau chaude, groupe psychothérapique, psychanalyse, voici nos quatre points cardinaux. Lequel figurera le Nord ?

[9] Lors de sa première édition ce texte parlait de douze années. Le temps a passé, l’expérience l’a confirmé, nous sommes fiers de constater qu’il n’y a pas lieu de modifier cette rédaction. Nous n’avons qu’accolé le terme relationnel à psychothérapie, car en 1994 nous n’en avions pas encore dégagé le concept, ni n’avions dessiné le Carré psy. Si les circonstances l’exigent, nous dirons psychopraticien pour psychothérapeute. La pensée et la pratique restent les mêmes.

L’école & son organisation
 

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