CIFPR

Centre interdisciplinaire de formation à la psychothérapie relationnelle

Par dérivation, psychanalyse

par dérivation de la psychanalyse à la demande en psychothérapie relationnelle.

La plupart des psychanalystes effectuent une grande partie de leur service au titre assumé ou non de la psychothérapie relationnelle. La clientèle de base en psychanalyse pure est représentée par… les psychothérapeutes relationnels, ainsi que par un reliquat de la clientèle de la psychanalyse. Une proportion imposante de personnes entreprenant une démarche auprès d’un psy (le public prend soin par l’usage de cet apocope de ne pas s’embarrasser de déterminer psy-quoi) est demandeuse de psychothérapie relationnelle. Relationnelle n’est pas dit, mais implicite, car il est bien demandé que ce soit dans ce cadre et à partir du ressort de la relation que le processus se déroule.

Adaptation du cadre (une fois par semaine ou moins), prise en compte du souci du symptôme (sans devoir pour autant s’attaquer à le résoudre, puisque c’est son discours même qui constitue l’affichage du problème de la personne), face à face, règles plus souples, la psychanalyse passe de plus en plus à la psychothérapie relationnelle, qu’elle le veuille ou non, qu’elle en soit consciente ou non. Cela d’ailleurs la met en crise. Une crise qui peut devenir bénéfique si elle est prise en compte et assumée. Élisabeth Roudinesco écrit que la psychanalyse dérive à la psychothérapie, comme s’il s’agissait d’une sorte de déchéance scientifique et théorique. La grande période de la psychanalyse reine serait ainsi le dernier tiers du XX ème siècle.

Elle ne sera plus jamais reine, probablement, son règne n’étant pas pour autant aboli. Son influence demeure considérable, et justifiée, par un corps de concepts considérable, une recherche jamais épuisée, une clinique féconde. Sa toute puissance n’est plus. Le surgissement du champ voisin de la psychothérapie relationnelle représente pour la psychanalyse une limite et une ressource. Sa vitalité scientifique (au sens de science humaine) intacte demeure une source d’inspiration féconde pour la psychothérapie relationnelle, à laquelle en retour, et sans forcément vouloir annexer certains éléments (intégrativisme assimilationiste, mixage hégémonique) elle peut recourir pour repenser certains éléments de la clinique contemporaine.

Les deux Disciplines cependant entendent demeurer bien distinctes. Les psychanalystes quels qu’ils soient, s’ils veulent pratiquer la psychothérapie relationnelle en une ou davantage de ses disciplines singulières, doivent eux aussi les apprendre. Fini le temps de la science infuse ou il suffisait de pratiquer une discipline pour s’autoriser dans plusieurs autres par une opération de cumul minimal quant à l’effort de formation, maximal quant à l’arbitraire de l’autoproclamation.

Il faut ajouter que la psychanalyse comme la psychothérapie relationnelle, se transmet essentiellement, fondamentalement, hors l’université, même si celle -ci en dispense des cours, ou délivre des cours de psychologie clinique (peau de chagrin) d’inspiration théorique psychanalytique en psychologie. La psychanalyse comme on sait, s’est fait héberger en psychologie à l’université, elle s’est académisée chez autrui [1] . La psychologie reprenant ses billes cognitivistes, et elle en a bien le droit, la psychanalyse se trouve bientôt académiquement parlant sdf.

Les psychanalystes, formés en dehors de l’université par définition, même s’ils y détiennent quelques postes — l’enseignement universitaire et la transmission sont deux choses bien différentes, conservent jusqu’ici le sentiment d’être seuls au monde de la dynamique de la subjectivité et de l’inconscient, leur territoire propre. Ils se représentent la plupart du temps la psychothérapie prise comme terme générique (qu’ils ne distinguent pas de la relationnelle) au mieux comme une sous-marque de la psychanalyse, au pire comme un amoncellement sans valeur de méthodes plutôt primitives centrées sur le symptôme, par ailleurs contaminées par la pensée magique.

Ce mépris est celui d’une génération, élevée dans la conviction et l’illusion d’une sorte de monopole aristocratique. Or, quelle que soit la façon dont on peut considérer la chose, le mépris est parfaitement étranger à l’esprit scientifique confraternel, et surtout à l’éthique même de la psychanalyse. Cette perte de valeur dégrade la psychanalyse, et c’est dommage pour elle et pour tout le monde.

Aux psychothérapeutes relationnels formés dans nos Écoles, devenus eux-mêmes également (aussi) psychanalystes, en tout cas analysés, d’assurer le relais et d’établir dans le premier quart du XXI ème siècle le nécessaire et fructueux dialogue interdisciplinaire entre les deux côtés du carré psy qui délimitent ensemble le triangle du processsus de subjectivation.

[1Il existe bien une UFR psychanalyse hérité de Lacan à Paris 8-Vincennes à Saint -Denis, mais son port d’attache est la philosophie. Comme il n’existe pas de titre légal de psychanalyste — ce qui ne constitue pas du tout un malheur, académiquement parlant, la psychanalyse n’existe pas. Est-ce regrettable ? Répartie entre sociétés et UFR in partibus, elle se dispense sur ses propres territoires institutionnels et symboliques. Les récentes tractations pour la mettre à l’abri du parapluie Accoyer ne se révèlent pas si brillantes

 

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