Un sujet, le praticien, reçoit un autre sujet, qui n’est pas au clair avec sa propre subjectivité. Le dialogue intersubjectif lancera le processus par lequel celui qui fait la démarche se trouvera progresser sur le chemin de lui-même et de devenir le sujet qu’il n’était pas encore. Ce qu’on appelle le processus de subjectivation. Émerger comme un soi-même. Cela n’est possible que parce que deux sujets investissent ensemble, l’un témoin l’autre témoignant, la dynamique de la confidence de l’un à l’autre, à l’issue de laquelle le patient finisse par se reconnaître, à l’occasion de l’aventure de sa relation à l’autre et à de l’autre.
Dès qu’on a franchi la ligne du transfert, la subjectivité règne sans partage — il faudrait aussi dire en partage ; cela bien entendu ne veut pas dire qu’on y manquerait de méthode. Bien au contraire. Cela veut dire que les deux protagonistes en présence dans la rencontre professionnel-patient y engagent également leur subjectivité — elle-même intégrée à la loi commune de l’humanité (parlante).
I — Dans le cas de la psychanalyse, c’est armée par la théorie de l’inconscient que l’opération aura lieu. S’il y a de l’inconscient, je suis en quelque sorte étranger à moi-même puisque je me rends compte qu’une instance inconnue de moi joue en moi, se joue de moi à l’occasion. Puisque j’en viendrai à me rendre compte que j’ignorais qui était le quelqu’un que je suis, en train de m’adresser à un quelqu’un d’autre de façon longtemps obscure à moi-même. Qui suis-je donc, celui qui dit je sans comprendre vraiment que ce Je à face d’autre c’est lui ? Cette histoire qui prend corps laborieusement c’est la sienne, il devient progressivement lui et finira par en parachever le processus en devenant véritablement auteur ou autrice de sa propre vie.
C’est cela qu’on nomme procès de subjectivation.
II — on trouve l’équivalent avec la psychothérapie relationnelle, diffractée selon quelques grands axes. Certaines formes de cette discipline travaillent sous l’influence directe de la psychanalyse, avec des méthodes actives. D’autres déclinent la question de l’inconscient de façon différente, avec des résultats variés, recherchant toutes l’émergence chez celui qui accomplit la démarche, de sa subjectivité assumée et à peu près consciente. Dans le cadre de la phénoménologie qui inspire les psychothérapies existentielles, la conscience étant conscience de quelque chose, plus précisément de quelqu’un d’autre, advenir en présence de l’autre psychothérapeute à sa présence à soi représente bien l’accès à soi comme sujet en relation. La subjectivation s’affiche comme procès chez le patient tout au long de la durée du cheminement ensemble, ponctuée de tous les moments d’absence où "personne ne répond", n’est là pour éprouver ce qui m’arrive, où je n’y suis pour personne, ratant la relation et ma propre présence à moi, jusqu’à, au détour du dialogue, en prendre conscience et me réveiller, advenir à moi-même, prendre la responsabilité du sujet que je suis.
PHG
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