CIFPR

Centre interdisciplinaire de formation à la psychothérapie relationnelle

Transfert

Depuis l’intervention de cette réalité qui mit Breuer en fuite, laissant à Freud le soin de l’écriture des Études sur l’hystérie, ce concept n’est pas à proprement parler né de l’invention de la psychanalyse, qui par contre en a fait progressivement le levier du processus psychothérapique.

Personne dans le monde psy n’ignore plus cette réalité relationnelle. D’abord rencontrée comme interférence fâcheuse, dont ne savaient que faire véritablement ni Mesmer ni ses continuateurs du XIX ème siècle, durant lequel on parlait de rapport, influence, report affectif, il s’est avéré que cet inévitable mécanisme, mieux théorisé, allait constituer un ressort psychothérapique fabuleux.

Il consiste, dans le cadre de la relation psychothérapique relationnelle ou de la psychanalyse, à ce que la personne qui consulte traite le praticien en le prenant pour quelqu’un d’autre, à son insu. La psychanalyse laisse se dérouler le processus : sur les rails du transfert fonce la locomotive de l’histoire relationnelle du sujet avec toute sa famille et ses proches. Il réinvestit sans comprendre d’abord ce qui lui arrive ce qu’on pourrait appeler l’historique de ses sentiments dans ce qu’il prend pour la réalité de la relation avec celui auprès duquel il entreprend sa démarche. Cela s’éclairera le moment venu, délivrant le patient du poids du contentieux de la sorte revécu et, si l’on peut dire, vingt fois sur le métier remis.

Inutile de l’éclairer avant l’heure, cela obscurcirait, retarderait ou bloquerait la prise de conscience, et le dénouement. Certains psychothérapeutes relationnels protestent, s’efforcent de réduire le transfert en le "dénonçant" à mesure : "— Je ne suis pas ton père !" Ça ne marche pas très bien, et ils sont obligés à certains moments de convenir que la seule stratégie valable est de laisser se dérouler la longue bobine de l’illusion tenace, en fournissant des indices, jusqu’au dévoilement-dénouement seulement quand c’est mûr.

Bien entendu le contre-transfert fonctionne tout aussi bien, et même mieux, puisqu’il sert au praticien qui connaît déjà, a déjà parcouru et éprouvé la chose, à déchiffrer grâce à son propre transfert en retour ce qui est en cours.

La ligne du transfert portée en diagonale du Carré psy marque le partage entre le champ de l’objectivité scientifique classique (d’inspiration médicale ou psychologique) et celui de la subjectivation (d’inspiration sciences humaines cliniques). Les deux triangles n’ont pas les mêmes propriétés, on n’y interagit pas de la même façon, selon que deux sujets s’y rencontrent, le professionnel ayant longuement travaillé à se dégager lui-même comme sujet, ou qu’un expert sujet de sa science reçoit très objectivement une personne qui se plaint d’un dysfonctionnement dont elle espère guérir, c’est-à-dire revenir à la normale après érasement du symptôme, toute dimension transférentielle ignorée.

La prise en compte de la dimension inconsciente dans le jeu de la relation distingue radicalement les deux univers de référence. Ainsi que le fait de considérer que c’est le ressort relationnel — avec sa dimension inconsciente et transférentielle — qui fonde le processus psychothérapique, par lequel on ne guérit pas à proprement parler (retour à l’état antérieur) mais évolue et se transforme, qu’on trouve dans le triangle de la subjectivation.

Qu’ensuite, par une figure mixte impliquant une superposition de rôles institutionnels pas forcément évidente, certains praticiens juxtaposent les références en coordonnant plus ou moins les deux modèles épistémiques du regard scientifique objectiviste et de l’implication intersubjective à double fond inconscient, est une tout autre affaire, qui nécessite éclaircissement. Le monde psy ne manque pas de complexité et même d’occasions de brouiller les pistes.

Du point de vue théorique et méthodologique, l’éclectique, l’intégratif, le multiréférentiel, auront besoin de se voir soigneusement définis pour ne pas devenir de simples lieux d’amoncellement mal ou pseudo ordonnés.

Du point de vue institutionnel et réglementariste, une juste loi se devrait de respecter cela, et permettre expressément aux praticiens de tous les courants, y compris ceux qui évoluent en eaux mêlées, d’exercer comme ils l’entendent, sous le contrôle de leurs institutions tutélaires et sociétés savantes. L’établissement d’un quelconque monopole d’État au profit de quelques catégories seulement de psychothérapeutes au sens générique de ce terme, nuirait au délicat équilibre du monde et du Carré psy.

PHG

 

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